« Nous sommes bien obligés de reconnaître (…), que la guerre continue d’être un fléau jusqu’à présent
inséparable de toutes les formes d’Etats. Cela montre qu’on ne peut la considérer à la légère comme un phénomène erratique lié aux caprices et à l’humeur plus ou moins méchante des peuples ou
leurs chefs. Nous sommes incontestablement en présence de l’une des fonctions sociales les plus solidement ancrées. »
(Gaston Bouthoul)
En quête de nouveaux alliés capables de la promotion de leurs intérêts, les démocraties occidentales, animées par La fin de
l’histoire et
la « fin des idéologies », se sont livrées à une lutte d’influence entre les Etats-Unis (soutenus par la Grande Bretagne), à la recherche de nouveaux leaders, et la
France qui soutenait à tout prix son pré carré. Les Etats-Unis, dans le but de renverser la donne, ont soutenu aux plans financier, militaire et stratégique les différents
mouvements rebelles, notamment la « National Resistance Army » (NRA) de Yoweri Kaguta Museveni pour la conquête du pouvoir en Ouganda et le Front Patriotique Rwandais (FPR) pour la
conquête du pouvoir au Rwanda. En effet, si la responsabilité de la
Communauté internationale dans les conflits armés africains est incontestable, celle des grandes puissances, notamment la France, la Grande Bretagne, la Belgique et les EUA, dans les
conflits armés qui minent l’Afrique des Grands Lacs, n'est pas moins évidente. La crise en Afrique des Grands Lacs n’aurait l’ampleur qu’elle a s’il n’y avait pas l’attitude passive et l’obligeance de ces grandes puissances,
dues aux calculs géopolitiques et à la volonté affichée des Américains de dessiner une nouvelle carte stratégique de l’Afrique.
Que les guerres civiles ougandaises, burundaises, rwandaises et congolaises soient une composante de la crise de l’Etat-nation
ou de la faillite de l’Etat, cela ne fait aucun doute. La multiplicité d’acteurs infra-étatiques libres de souveraineté, la prééminence de logiques micro (paramètres individuels), macro
(paramètres structurels) et micro-macro (paramètres rationnels) sur la conquête du pouvoir, l’invisibilité tactique des acteurs, l’intersubjectivité des luttes pour la reconnaissance et la
délocalisation des combats, le rôle du transnational et les nouveaux rapports de « voisinage » ou d’« inimitiés » entre les Etats ou les peuples conséquents, les richesses sol
et sous-sol, l’enclavement du Rwanda et de l’Ouganda … autant d’éléments que toute étude sur les conflits armés de l’Afrique des Grands Lacs doit mettre en exergue pour analyser le
« chaos géométrique » qui gangrène cette sous-région. L’objet n’est pas de chercher à énumérer les facteurs polémologiques ou géopolitiques, mais d’offrir, à partir de ceux-ci, une
lecture téléologique, c’est-à-dire la finalité, les tenants et aboutissants, la dynamique sous-jacente qui se cachent derrière le comportement politique des belligérants et des grandes puissances
dans la région des Grands Lacs d’Afrique. Et ce, d’autant plus que les affrontements actuels sont le prolongement des conflits des années 1950, 1960 et 1970.
C’est vrai que la crise de la région des Grands Lacs s’enracine dans l’histoire sociopolitique des pays de la région. Mais elle
a connu son apogée en 1990 avec la fin de la guerre froide. Au climat d’insécurité suscité par le conflit armé ougando-ougandais et rwando-rwandais s’ajoute, parallèlement, la guerre civile au
Burundi. Ces trois crises se sont déroulées dans un contexte régional complexe, à telle enseigne que les conflits du Burundi, du Rwanda et d’Ouganda ont gagné le Zaïre (RDC, depuis mai
1997), devenu ainsi le théâtre d’affrontements violents entre plusieurs antagonistes. Cette exportation des conflits a provoqué ce que l’on a appelé « la première guerre mondiale
africaine » à cause de l’implication, non seulement des
pays des Grands Lacs, mais également des pays de l’Afrique centrale (Tchad) et de la Southern African Developpment Community (SADC), notamment l'Angola, le Zimbabwe, la Namibie. Ce fut le début
de la régionalisation du conflit qui, non seulement détruisit les liens sociaux qui existent entre les peuples de la région, mais encore mit à mal les efforts consentis pour la paix dans le
cadre de la coopération régionale, notamment avec la création de la Communauté Economique des Etats des Grands Lacs (CEPGL), de la Communauté Economique des Etats de
l'Afrique Centrale (CEEAC), de l’East African Community (EAC) et de la SADC.
Cette situation de « chaos géométrique » a redessiné la géopolitique de la région des Grands Lacs et les grandes
puissances occidentales en ont fait un instrument de leur politique dans la région. Ainsi, pour faire face au soutien que les anglo-saxons (les Etats-Unis d’Amérique et la Grande Bretagne)
apportaient au mouvement rebelle rwandais FPR (soutenu par l'Ouganda), la France – estimant ses intérêts dans la région menacés – s’est rangée derrière les régimes dictatoriaux en place. Aussi
faut-il admettre que les Etats de la région eux-mêmes ne sont pas restés indifférents à cette nouvelle carte géopolitique. Ces ingérences ont eu des conséquences désastreuses pour la stabilité
des Etats de la région : elles ont créé des principautés (des pouvoirs de type médiéval) fondées uniquement sur la force des armes et le jeu d'influence des puissances protectrices et
installé une situation d'instabilité généralisée : tout changement d'intérêts ou de rapports de forces au sein de la coalition des Etats protecteurs déclenchait systématiquement des
rébellions. Tel a été le cas en RDC où les anciens alliés de Laurent-Désiré Kabila s'affrontent. Dans le même temps, par-delà l'émergence de tutelles africaines distinctes des tutelles
coloniales, le droit d'ingérence a contribué à la violation du droit international, notamment le droit des conflits armés, et à la multiplication des registres.
Sur le plan géopolitique, force est de constater que, pour sentir ses effets bien au-delà des Grands lacs,
la crise rwandaise s'est révélée vecteur puissant de la recomposition géopolitique de la région : elle a façonné deux pôles de structuration géopolitique de l'influence
anglo-saxonne et francophone.
§
Au premier pôle correspond l'EAC (Eastern African Community) qui regroupe le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie et, depuis le 6 juillet 2009, le Burundi et le Rwanda.
En effet, une coalition hétéroclite s'est constituée, en octobre-novembre 1997, allant de l'Ouganda à l'Angola en passant par le Zimbabwe, le Rwanda et le Burundi, avec le consentement indirect
de l'Erythrée, de l'Ethiopie, de la Tanzanie et du Kenya contre le pouvoir de Mobutu, président du Zaïre (actuellement RDC). Cette configuration qui va de l'océan Indien (Mombasa,
Dar-es-Salam) à l'océan Atlantique (Luanda, Matadi, Libreville, Douala) redessine l'Afrique médiane, jadis appelé « Mittel Africa » par la géopolitique allemande du
19ème siècle. Cet axe se situe à la jonction de l'Afrique pétrolière (de Luanda à Lagos) et de l'Afrique agropastorale (de Dar-es-Salam à Massoua). *
§
Autour du second pôle s'organisent deux cercles:
-
celui de la CEEAC associant la RDC, le Gabon, le Cameroun, le Tchad, la RCA, le Congo (Brazzaville) et les pays membres de la
CEPGL, c’est-à-dire la RDC, le Rwanda et le Burundi
-
celui de la SADC regroupant l'Angola, le Botswana, la RDC, le Lesotho, le Malawi, l'Île Maurice, le Mozambique, la Namibie,
les Seychelles, la République Sud-Africaine (RSA), le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe.
Cela étant, la situation, telle qu’elle se présente actuellement dans la région des Grands Lacs, se définit par une crise de
légitimité affectant les pays du champ, qui sont soit des « dictatures de droit » (Angola, Ouganda, RDC, Rwanda, Burundi, Erythrée), soit des « dictatures de fait » (Congo,
Zimbabwe et Ethiopie). A cela s’ajoute le règne d’une culture de la violence étatique comme moyen de gouvernement dans les pays dirigés par les anciens rebelles : Zimbabwe, Ouganda, Rwanda,
Burundi, Ethiopie, Erythrée, RDC, Tchad et Congo. Aussi faut-il souligner que ce sont les milices victorieuses, à la solde d’un clan ou d’une ethnie, voire d’un homme, qui paradent en lieu et
place d’une armée républicaine ; c’est-à-dire d’une force publique garante de la sécurité des personnes et des biens, des institutions et de l’intégrité territoriale. Nombre d’Etats du champ
et hors champ font face à des rébellions armées : Tchad, Ouganda, RDC, Burundi. Malgré une accalmie relative, ni les pays du champ (l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Zimbabwe, l’Angola,
la RDC et le Congo) ni les pays hors champ (le Gabon, le Cameroun, le Tchad et le Soudan) ne sont encore sortis de la crise de l’Etat et de la société qui les ronge. Il est donc aujourd’hui
prématuré de prédire qui dominera la région, eu égard aux vulnérabilités multiples dont souffrent les compétiteurs.
L’Angola paraît être le seul pays de l’Afrique médiane qui, à terme, pourrait disposer des moyens de
la puissance régionale. Pays pétrolier en passe de concurrencer les monarchies du Golfe persique à la suite de nouvelles découvertes de gisements « off shore », il est un Etat
semi-maritime, d’une superficie de 1.246.700 Km², disposant d’une population estimée à 11.000.000 habitants. Toutefois, le régime de Luanda souffre de trois handicaps :
-
la persistance d’une culture de violence étatique
-
la discontinuité géographique de la côte angolaise qui rend périlleuse la sécurisation de l’enclave de Cabinda où sont exploités les gisements les plus importants.
Aussi faut-il souligner que les revendications indépendantistes de l’enclave de Cabinda constitue un enjeu territorial que Luanda est obligé de verrouiller son hinterland immédiat, en parrainant
les régimes de Kinshasa et de Brazzaville. D’où son intervention dans les deux pays.
-
Le prix à payer pour la reconstruction d’un pays ravagé par vingt-quatre ans de guerre.
Ni pétrolier ni minier, dépourvu de profondeur, l’Ouganda reste un pays enclavé : il dépend de
Kenya pour ses débouchés maritimes. Cependant, il doit son rayonnement au dynamisme de son Président Yoweri Kaguta Museveni – qui, à l’instar d’autres guérilleros gagnés à la cause de
« good governance », du libéralisme économique et, de toute évidence des intérêts étatsuniens – a le statut de « Président-pivot » dans le dispositif américain visant
à contenir l’islamisme soudanais et à conquérir la région. Les institutions de Bretton Woods – Le FMI et la Banque Mondiale – lui apportent un soutien financier important. Néanmoins, il
n’a pas les moyens d’une puissance régionale, même si la sécurité de la frontière avec la RDC est une obsession partagée avec le Rwanda et Burundi. Aussi faut-il souligner que la double défaite
subie à Kisangani (RDC) face aux hommes de l’APR, lors de ses affrontements militaires avec le Rwanda, a affaibli son influence et réduit son poids dans la région. Faut-il également rappeler que
le choix de Museveni d’organiser et de soutenir la rébellion du FPR contre le Rwanda en 1990 fut dicté par l'administration Clinton dans son souci de guerre contre le terrorisme au Soudan
engagé après le coup d’Etat d’Omar El-Béchir en 1989. Initialement, après la fin de la guerre froide au cours de laquelle Mobutu a joué un rôle important en faveur des intérêts occidentaux,
l'administration Bush (père), en conformité avec Mitterrand, voulait se débarrasser des « alliées désormais gênants ». Il fallait, comme alliés, des régimes plus démocratiques. La
visite à Kinshasa, le 24 mars 1990, de James Baker, le Secrétaire d’Etat américain, au Président Mobutu pour le remercier confidentiellement des services rendus mais qui, malheureusement, ne
seraient plus nécessaires, s’inscrit dans cette logique de renversement d’alliances.
De son côté, Mitterrand a préféré une action plus spectaculaire avec son discours lors du Sommet Franco-africain à la Baule en
juin 1990. Le résultat fut l’organisation de la plus longue conférence nationale souveraine au Zaïre et l’avènement du multipartisme au Rwanda, considéré comme un « aggiornamento
politique » par le Président rwandais de l’époque, le Général
Major Habyarima Juvénal.
Mais puisque les exilés Tutsi en Ouganda n'avaient pas de chance de gagner des élections et qu’il fallait que Museveni se
décharge de ces exilés devenus encombrants dans son pays, la solution fut de lancer une attaque contre le Rwanda à partir de l’Ouganda, pour conquérir plus tard la RDC. On se souviendra que,
suite à la débâcle subie à Mogadiscio, le 3 octobre 1993, Clinton avait déjà décidé de retirer tous les soldats américains de l'Afrique considérée comme « sans importance économique et
politique ». Pour les EUA, l'Ouganda représentait ainsi un rempart
contre le Soudan et il fallait accepter ses conditions.
Concernant le Rwanda, il fallait laisser tomber les Accords d'Arusha et permettre au FPR de prendre le pouvoir à Kigali et
établir un régime pro-américain qui ferait la liaison entre l'Ouganda et la province orientale pour approvisionner les rebelles du Soudan du sud, ce que Mobutu a toujours permis. D’autant plus
que le régime en place à Kigali avait déjà multiplié des erreurs politiques.
De son côté, Mobutu aussi fut « libéré » de la pression démocratique exercée par Tshisekedi. Tout d'un coup, Mobutu
apparut de nouveau sur la scène internationale parce qu'il était prêt à recevoir les réfugiés hutu prévisibles pendant la conquête du pouvoir par le FPR. Mais lorsqu’on apprit la gravité de sa
maladie en 1996, il fallait le remplacer et éviter l'arrivée au pouvoir du nationaliste Tshisekedi peu susceptible de jouer le jeu anti-Khartoum. C’est dans ce contexte que Museveni fut
chargé de chercher la « pièce de rechange » en la personne de Laurent-Désiré Kabila et, avec Paul Kagame, ils en furent leur allié pour poursuivre les Hutu réfugiés au Congo et
conquérir le Zaïre. D’où l’intervention rwandaise et ougandaise en RDC qui fut présentée au monde comme une mesure contre la « menace du retour des génocidaires » au Rwanda et pour le
changement au Zaïre. L’avancée de Kagame sur le sol congolais répondrait aussi à un vieux rêve issu du supposé mythe de l’empire Hima : s’approprier les deux Kivu, terres toujours enviées par ses aïeux. La guerre de l’AFDL aurait pu prendre
fin après la chute de deux Kivu si les Américains n'avaient pas voulu mettre en place Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa. L'administration Walker Bush était prête à accepter ce marché passé mais
refusait d'honorer la promesse de Madeleine Albright de céder les Kivu au Rwanda. Lors de la visite de Kagame et de Joseph Kabila à Washington fin janvier 2001 le nouveau ministre des
affaires étrangères américain Colin Powell leur a signifié que les frontières du Congo ne devaient souffrir d’aucune modification, une position réaffirmée par Condoleezza Rice lorsque Nkunda et
Kagame ont réitéré leur démarche. Mais le signal fort est venu de Mme Clinton lors de son périple africain en août 2009. En rencontrant Joseph Kabila à Goma, elle a signifié à Kagame que les
frontières du Congo sont intangibles. Revirement d’alliances ? Même si le gouvernement américain aident la RDC à traduire les auteurs de crimes de guerre devant la justice, il est encore trop tôt pour savoir s'il s'agit déjà d'un changement
définitif de la politique américaine en faveur de la paix dans la Région des Grands Lacs africains. D’autant plus que l’on ne connaît pas encore l'analyse que fait le Pentagone des intérêts
militaires dans la Région.
Champ de ruines et de pillages, la RDC est victime aussi bien de son espace que de ses potentialités
minières. Ce pays a été réduit à
l’impuissance pour longtemps par la faillite ou la faiblesse de l’Etat et la débâcle économique et sociale. Si les 32 ans de « Mobutisme » en sont la cause principale, la guerre infligée par ses voisins du
Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda a, pour le moins que l’on puisse dire, fragilisé les institutions et étouffé toute espérance d’un avenir prospère. Le « Kabilisme » qui s’est en effet
révélé, à l’usage, « un messianisme révolutionnaire » s’est effondré avant même d’exister, à cause du continuum de la violence et du coup d’Etat qui a coûté la vie à
Laurent-Désiré Kabila. Après la mort celui-ci, Kagame aurait obtenu de ses alliés américains et européens - l’intervention de l’Eufor au Congo est à situer dans ce contexte - que la RDC
soit dirigée par « un jeune inoffensif » en la personne de Joseph Kabila. Ceci permettrait au Rwanda de faire main basse sur les richesses du Congo et d’être sûr que le danger pour la
lutte contre son pouvoir ne viendrait pas de la RDC.
Enclavé, surpeuplé (plus de 300 habitants/Km²) et dépourvu d’espace et de ressources tant minières que
pétrolières, le Rwanda, avec ses 26 338 Km² et ses plus de 8 millions d’habitants, reste dans le rang des pays pauvres : il occupe la 164ème place. Par conséquent, il ne peut
pas devenir une puissance régionale. D’ailleurs, il risque d’être ravagé par la famine. Cette situation n’épargne pas le Burundi voisin qui, depuis 1973, vit dans une violence armée.
Certes, c’est depuis longtemps que la région des Grands Lacs est en crise à cause de l’animosité entre Tutsi et Hutu, entretenue
depuis l’époque précoloniale et exacerbé par le protectorat belge. Ce conflit entre « les frères ennemis » de la région a toujours engendré des guerres meurtrières au Rwanda, au Burundi
et plus récemment en RDC. Mais c’est avec le soutien inconditionnel du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda, que la rébellion congolaise conduite par l’AFDL de Kabila (Laurent-Désiré) – vieille
figure de la rébellion zaïroise – va entamer sa marche vers Kinshasa en mai 1996 et connaître ses premiers succès militaires avec le démantèlement des camps des refugiés hutus, la conquête des
villes d’Uvira, de Bukavu et de Goma (janvier 1997), de Kisangani (mars 1997), de Lubumbashi (9 avril 1997) et de Kinshasa (mai 1997) et, enfin, le renversement du régime Mobutu. Renversement
d’alliances, voltefaces diplomatiques… les anciens alliés eux-mêmes n’ont cessé de se désolidariser : Kigali et Kampala tentent un coup d’Etat militaire à Kinshasa, fomentent des mutineries
armées qui aboutiront à un deuxième épisode de la guerre. Les rebelles emmenés par le chef d’Etat major limogé, James Kabarebe, s’emparent de Kivu avant d’engager une nouvelle marche sur Kinshasa
et de se brouiller avec l’armée Ougandaise dans un affrontement sanglant à Kisangani. Le 20 août 1997, le Zimbabwe, l’Angola, la Namibie envoient des troupes pour sauver le régime Kabila alors
qu’au départ l’Angola était allié du Rwanda et du Burundi dans la campagne militaire qui a renversé Mobutu.
Plus que par les mobiles ethno-identitaires, la chasse aux génocidaires s’est transformée en pillage affairiste des ressources
naturelles. Selon les différents rapports des observateurs internationaux indépendants et des spécialistes de la région, les motivations et la durée de la guerre en RDC tiennent aux bénéfices de
l’exportation des richesses minières (diamant, or, colombo-tantalite, cuivre, cobalt, manganèse, étain, niobium, plomb, etc.) et de bois. Et, aujourd’hui, il se vérifie que le pillage affairiste
des ressources naturelles de la RDC constitue le moteur de l’activité économique privatisée du Rwanda qui oriente les investissements, en produit le chiffre d’affaires et en affecte les
bénéfices. Ce sont donc les intérêts financiers privés issus de cette activité militaro-économique qui orientent les choix de crises dans la région des Grands Lacs d'Afrique. Et il s’avère même
que les réseaux rwandais de la guerre en RDC s’écartent de leur légitimité initiale revendiquée : ils ne trouvent leur logique d’existence que dans la crise elle-même, c’est-à-dire dans le
maintien de la situation de guerre et les fractures sociales, l’anxiété et les violences conséquentes. De l’AFDL au CNDP, en passant par le RCD-Goma, les rébellions à l’Est de la RDC assurent
leur mainmise sur les Tutsi grâce au spectre du « retour » des Interahamwe, créent et propagent la fracture sociale. Ceci
dit, les nouveaux pouvoirs rebelles (les Maï-Maï et les rebelles dits « Banyamulenge ») puisent dans la guerre leur identité initiale et prétendent y fonder leur légitimité. Cette
stratégie se manifeste dans la recherche permanente d’alliances pour élargir l’assise des réseaux de la guerre. Force est de constater que ces alliances sont sans rapports obligés avec l’identité
ni l’intérêt des groupes qu’elles prétendent représenter ou défendre. Exercées dans le dos des adversaires, ces alliances constituent, par contre, le vecteur de la dissémination du conflit. D’où
l’intérêt d’examiner les causes endogènes et exogènes de la bellicité.
FUKUYAMA Francis., « The end of History », in The National Interest, article repris dans Commentaire, n° 47, automne 1989.
Calquées sur le modèle européen, ces organisations sous-régionales ont été créées dans un esprit de coordination pour éviter des disparités entre les structures politiques et
socio-économiques existant au sein des Etats. Il ne s'agissait pas de rendre tous les Etats égaux, mais de rendre la participation effective de tous les Etats dans la recherche de la concorde
régionale et de la paix. Mais force est de constater que l'intégration régionale a malheureusement connu plusieurs revers à cause des conflits armés. En ce qui concerne le cas
particulier de la CEPGL, fondée le 20/09/1976 et qui rassemble au sein d'institutions communes la RDC, le Rwanda et le Burundi, il est à souligner que, comme stipulé dans les accords de
création signé à Gisenyi (Rwanda), son but principal est l'intégration économique, la coopération transfrontalière, ainsi que la facilitation de mouvement des personnes et des biens. Parmi
les secteurs favorables à cette intégration économique régionale figurent les infrastructures, le transport et communication, le secteur bancaire, l'énergie et l'agriculture. Ils constituent
le moteur de relance de la CEPGL. D'où la création de la BDGL (Banque de développement des Etats de Grands lacs), de l'IRAZ (Institut de Recherche Agronomique et Zootechnique), de la SINELAC
(Société Internationale d'Electricité des Pays des Grands Lacs) et de l'EGL (Energie pour les pays des Grands Lacs) comme institutions clefs de la CEPGL. Chacune de ces institutions était
organisée selon les méthodes qui lui étaient propres en distinguant bien les fonctions politiques aux fonctions techniques, confiées aux techniciens et experts qui, aux compétences bien
reconnues, étaient à la tête de l'organisation fonctionnelle. Bien que distinctes, les fonctions de ces organisations étaient interdépendantes et s'enrichissaient en
expériences.
La fracture sociale rompt les liens de la solidarité générale des peuples et favorise le replie sur des solidarités particulières. Elle élargie
les clivages sociaux en fractures et crée des déséquilibres démographiques ainsi que des inégalités dans l’accès aux ressources vitales. Les appareils de lutte des factions en conflit sont
donc bâtis sur la fracture sociale.
La fracture sociale rompt les liens de la solidarité générale des peuples et favorise le repli sur des solidarités
particulières. Elle élargit les clivages sociaux en fractures et crée des déséquilibres démographiques ainsi que des inégalités dans l’accès aux ressources vitales. Alors que les appareils de
lutte des factions en conflit sont bâtis sur la fracture sociale, l’angoisse fait accepter aux populations des subordinations nouvelles.
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