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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 22:00

Elie Domota est en passe de rejoindre Dieudonné au panthéon des diaboliques de la république.
Ils avaient besoin d'un Dieudonné créole et raciste.
O
ui, forcément, pour faire peur au brave franchouillard qui ne comprend pas grand chose à ce qui lui tombe dessus: crise, chômage, grèves, injustices.




C'est ce que la presse hexagonale tente de nous faire croire. Le filon est excellent et si vendeur.
En tous cas, l'occasion pour nous de vérifier la façon dont travaillent ces journalistes qui prétendent que leur profession est de savoir prendre du recul...

Rappel des paroles d'Elie Domota:

Soit, ils appliqueront l’accord (prévoyant une augmentation salariale mensuelle de 200 euros), soit ils quitteront la Guadeloupe...Nous sommes très fermes sur cette question là. Nous ne laisserons pas une bande de békés rétablir l’esclavage”

C'est la dernière phrase qui a choqué... "Nous ne laisserons pas une bande de békés rétablir l'esclavage".
Pour beaucoup, c'est inacceptable. Même pour le PS...

... pour discréditer un mouvement social on nous ressort le "racisme anti-blanc"! Argument tellement bidon qu'on ose à peine citer les propos incriminés, qui étaient que ...leader du LKP a exprimé sa détermination à ne pas laisser "les Békés" rétablir "l'esclavage". Avec la mauvaise-foi habituelle de l'indignation tartuffe, tous les média parlent d'inquiétude, d'émoi et d'enquête face à cette "incitation à la haine raciale"!!!! Car les Bekes ont pour caracteristique essentielle, non pas d'avoir été auteurs et héritiers de l'esclavage dans l'histoire de l'île, non non, les Békés sont coupables d'être blancs! eh oui! Voilà ce que l'opinion métropolitaine doit impérativement avaler. C'est un joli coup de pouce des média pour Alain Huygues-Despointes qui souhaitait que les Békés soient considérés comme une RACE menacée!

Revoici donc l'arme de désinformation massive "le racisme anti-blanc", toujours suivi de près ou de loin par l'accusation de "haine de l'Occident" ou de la "théorie du complot contre les blancs". Pour eux, béké, veut dire "blanc" alors qu'en réalité, "béké" veut dire "descendant d'esclavagiste". En Guadeloupe, on ne parle pas de béké car il n'y en a pour ainsi dire pas, le terme est martiniquais. Pourtant, il y a des blancs, principalement des blancs-pays, descendants de blancs arrivés après l'esclavage (1848), certains, "
les blancs-matignons" sont assez pauvres et vivent regroupés dans les "grands fonds" des campagnes comme du côté de la commune du Moule..



Ceux qui sont allés en vacances dans les petites îles des Saintes au large de la Guadeloupe ont pu voir ces blancs des Saintes, souvent métissés, descendants non pas d'esclavagistes mais de pêcheurs bretons, et qui ne se sentent absolument pas visés pourtant par ce qu'a dit Elie Domota.

Donc quand Elie Domota parle de békés, il fait référence aux patrons qui marchent avec les békés de Martinique implantés en Guadeloupe..

Et puis faisons un peu de sémantique concrète.
Reprenons la déclaration de Domota et remplaçons le mot béké par descendant d'esclavagiste :
Soit, ils appliqueront l’accord (prévoyant une augmentation salariale mensuelle de 200 euros), soit ils quitteront la Guadeloupe...Nous sommes très fermes sur cette question là. Nous ne laisserons pas une bande de descendants d'esclavagistes rétablir l’esclavage

Vous vous apercevez que ça n'a plus aucun contenu raciste non?

Finalement, béké est à comprendre comme "descendants de gens ayant participé à un crime contre l'humanité".

Imaginons que la déclaration ait été faite par le petit-fils d'un résistant, d'un juif ou d'un tsygane à propos de descendants de nazis très fiers de la préservation de leur "race" et refusant d'appliquer un accord négocié donnant avantage à tous, aryens comme non aryens. Ce fils de résistant aurait pu dire : "
Nous ne laisserons pas une bande d'aryens rétablir le nazisme”! Qui oserait appeller cela du racisme?

La vérité est que ceux qui hurlent au loup raciste, ne sont pas au clair avec leur façon de réfléchir sur le racisme. N'oublions pas que la France, au plus haut niveau de l'état et de ses intellectuels a 4 siècles de pratiques racistes au compteur. De Voltaire  à Tocqueville, de Victor Hugo à Ernest Renan, de Napoléon à Charles de Gaulle, ils ont adopté un racisme politique pour conquérir, attaquer, massacrer, exclure, parquer, déporter.

Voltaire écrivait : "Enfin je vois des hommes qui me paraissent supérieurs à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce."
Traité de Métaphysique, 1734
..

Tocqueville écrivait à propos de l'abolition de l'esclavage qu'il fallait indemniser les planteurs békés avec le salaire des esclaves libérés mais maintenus au travail.
« Si les nègres ont droit à devenir libres, il est incontestable que les colons ont droit à n'être pas ruinés par la liberté des nègres. [...] Il est équitable d'accorder aux colons [...] une indemnité représentant la valeur vénale des esclaves mis en liberté. »

Victor Hugo : "Il est là, devant vous, ce bloc de sable et de cendre, ce monceau inerte et passif qui depuis six mille ans fait obstacle à la marche universelle ce monstrueux Cham qui arrête Sem par son énormité, l'Afrique. Quelle terre que cette Afrique ! L'Asie a son histoire, l'Amérique a son histoire, l'Australie elle-même a son histoire, qui date de son commencement dans la mémoire humaine ; l'Afrique n'a pas d'histoire ; une sorte de légende vaste et obscure l'enveloppe. "

Ernest Renan : "La nature a fait une race d'ouvriers. C'est la race chinoise d'une dextérité de main merveilleuse, sans presque aucun sentiment d'honneur ; gouvernez-la avec justice en prélevant d'elle pour le bienfait d'un tel gouvernement un ample douaire au profit de la race conquérante, elle sera satisfaite ; une race de travailleurs de la terre, c'est le nègre : soyez pour lui bon et humain, et tout sera dans l'ordre ; une race de maîtres et de soldats, c'est la race européenne. Que chacun fasse ce pour quoi il est fait et tout ira bien. Nous aspirons, non pas à l’égalité, mais à la domination. Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s’agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de les amplifier et d’en faire une loi.» .

Napoléon qui rétablit l'esclavage et  promulgue des lois antisémites en 1802.

Charles de Gaulle qui déclare :  "Vous savez, cela suffit comme cela avec vos nègres. Vous me gagnez à la main, alors on ne voit plus qu’eux : il y a des nègres à l’Élysée tous les jours, vous me les faites recevoir, vous me les faites inviter à déjeuner. Je suis entouré de nègres, ici. […] Et puis tout cela n’a aucune espèce d’intérêt ! Foutez-moi la paix avec vos nègres ; je ne veux plus en voir d’ici deux mois, vous entendez ? Plus une audience avant deux mois. Ce n’est pas tellement en raison du temps que cela me prend, bien que ce soit déjà fort ennuyeux, mais cela fait très mauvais effet à l’extérieur : on ne voit que des nègres, tous les jours, à l’Élysée. Et puis je vous assure que c’est sans intérêt. »

Même la Marseillaise contient une phrase qui, sortie de son contexte historique de nationalisme exacerbé par les guerres révolutionnaires, est un appel à la haine raciale:"Qu'un sang impur abreuve nos sillons..."

La presse métropolitaine n'a pas vérifié la situation raciale réelle en Guadeloupe. Imprégnée de clichés coloniaux, elle a repris la dépêche AFP et les déclarations outragées de certains hommes politiques. Et depuis, elle brode à coup d'arguments juridiques et socio-historiques sans s'interroger sur la légitimité du ras-le-bol d'Elie Domota et de tous les antillais, sans se demander si un homme tel que lui, lui-même mélange de noir, indien et blanc, n'est pas un peu mieux placé qu'eux pour connaîttre ce que le racisme recouvre en calomnies et autres ignominies.

Les médias français dans un pseudo-humanisme hypocrite, une fois encore, tentent de réécrire l'histoire des autres... Césaire avait et a encore raison quand il écrivait il y a 58 ans : "
Et  c'est là le grand reproche que j'adresse au pseudo-humanisme : d'avoir trop longtemps rapetissé les droits de l'homme, d'en avoir eu, d'en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste."

 

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 09:37

La politique française de l'immigration est une négation radicale des droits fondamentaux de la personne. Elle restreint le droit au séjour pour les migrants et leurs familles et s’attaque au séjour des malades étrangers. La France franchit un nouveau seuil dans la violation des droits humains, notamment le droit d’asile et le droit des migrants. L’ensemble des textes gouvernementaux trouve pleinement leur place dans un projet de société de plus en plus tourné vers un ordre sécuritaire.



Le Code de l’Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d’Asile (CESEDA), les  et la circulaire du 21 février 2006 donne à la police des moyens et des pouvoirs exorbitants pour mener la chasse aux étranger sans papiers. 

L’ensemble des dispositions relatives à l’entrée et au séjour des étrangers est régi par une loi de police de 1945 qui, depuis, a été maintes fois modifiée. Cette ordonnance avait pour vocation d’entraîner et d’organiser la venue des travailleurs des anciennes colonies. La première rupture s’est faite en 1981. La carte de séjour n’était plus forcément liée au permis de travail, le droit d’accès à la protection sociale se rapprochait de celui des travailleurs nationaux.

Les lois dites Pasqua de 1986 et 1993, non seulement créèrent les catégories de sans-papiers que nous connaissons, mais retirèrent le droit de travailler aux demandeurs d’asiles. Les lois Chevènement de 1998, puis Sarkozy de 2003 ont voulu, dans leur rédaction, redonner de la stabilité aux sans-papiers. En pratique, elles n’ont fait qu’aggraver la situation, en posant de telles conditions à l’entrée et au séjour qu’il devient quasi impossible de régulariser sa situation. Le CESEDA introduit des notions nouvelles et réduit les étrangers à une force de travail, sans référence à une quelconque situation familiale ou privée. S’inspirant pour partie de la politique européenne à venir, le CESEDA consacre officiellement une reprise de l’immigration et l’enferme dans une approche entièrement utilitariste. Il correspond ainsi au nouveau mot d’ordre gouvernemental : arrêter avec l’immigration subie, et promouvoir une immigration choisie, deux caractéristiques majeures qui résument cette loi : des atteintes sans précédent aux libertés et droits fondamentaux (au nom de cette  "immigration subie") et l’instauration d’une immigration de travail jetable (pour le compte d’une "immigration choisie").

Le recours aux étrangers utiles pour l’économie française avec le blocage de toutes arrivées, s’accompagne d’une véritable traque systématisée par une circulaire du 21 février 2006. Nicolas Sarkozy (à l‘époque Ministre de l’Intérieur) et Pascal Clément (Ministre de la justice de l’époque) organisent ainsi la recherche des étrangers en situation irrégulière, en se donnant les moyens d’arrêter les « sans-papiers » dans les lieux publics.

Le ministre de l’Intérieur qui se targue d’être l’abolitionniste de la double peine, non seulement prône la généralisation du prononcé de peines d’interdiction du territoire français, mais aussi met en lace une méthodologie d’arrestations à domicile avec présence ou pas est décrite dans les détails : les mariages (dont une loi spécifique en mars 2006 rend plus difficile les possibilités) sont également visés, les policiers peuvent ainsi arrêter au domicile de futurs époux ou épouses avant le passage devant le maire. Les caisses primaires d’assurance maladie viennent de refuser d’ouvrir ou de renouveler la complémentaire couverture maladie universelle (CMU) pour les étranger(e)s gravement malades. Ces consignes sont données par une circulaire dans une lettre-réseau du 27 février 2006 dite point AME/CMU n°66. Se développent également une tactique d’éloignement dans d’autres régions des familles pour réduire la solidarité.

Il convient d’emblée de préciser que notre analyse du texte met l’accent sur les points les plus saillants, et dans le même temps souvent les plus dangereux, de cette réforme du droit d’asile, notamment la délivrance de la carte « vie  privée et familiale » (I), le regroupement familial (II), le travail des étrangers (III), la carte « Capacité et talents » (IV) et l’éloignement (V).

 

I. La délivrance de la carte « vie privée et familiale ».

 

Les conditions de délivrance de cette carte sont très nettement durcies au point de rendre ineffectif le droit de faire valoir le respect de sa vie privée et familiale auprès des autorités préfectorales. De façon générale, la carte de séjour temporaire – qui comprend la carte « vie privée et familiale » – est subordonnée à la production d’un visa long séjour, dit d’établissement. Certaines exemptions sont prévues, à savoir :

 

  1. La fin des possibilités légales de régularisation

 

Le texte supprime ou modifie radicalement les cas de délivrance de ce titre qui permettait d’obtenir une régularisation. D’abord, il abroge le 3° de l’article L. 313-11 du CESEDA. Cette disposition prévoit de délivrer de plein droit une carte « vie privée et familiale » à celui qui justifie par tout moyen résider en France depuis au moins 10 ans (ou 15 ans si, au cours de cette période, il a séjourné en tant qu’étudiant).

La loi du 26 novembre 2003 avait déjà rendu plus difficile la possibilité d’obtenir une carte à ce titre en empêchant l’étranger de se prévaloir de documents falsifiés ou d’une identité usurpée. Il est constant que la preuve du séjour habituel pendant une période de 10 ans est difficile à administrer, contrairement à ce que prétend le ministre de l’intérieur. Le gouvernement veut donc supprimer cette « automaticité » et laisser les préfets faire usage de leur pouvoir de régularisation. Autant dire qu’il sera à l’avenir très difficile d’arguer de la durée prolongée de son séjour en France pour sortir de la précarité administrative et que les différences de pratiques préfectorales, qui existent déjà, ont vocation à devenir la règle.

 

La loi s’acharne aussi sur le 7° de l’article L. 313-11. Elle énumère une série de conditions privant la catégorie d’étrangers à laquelle il est destiné de toute réalité. Selon cette disposition, reçoit de « plein droit » une carte « vie privée et familiale » celui qui n’entre dans aucune des autres catégories (parents d’enfant français, conjoints de Français, jeunes arrivés en France avant d’avoir atteint un certain âge – aujourd’hui 13 ans, demain 10 ans – membres de famille livrés à la procédure du regroupement familial…) mais « dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que les refus d’autoriser son séjour porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ». Cette hypothèse de délivrance de titre avait été intégrée dans le Code (à l’époque dans l’ordonnance du 2 novembre 1945) afin de tenir compte des exigences de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme garantissant le respect de la vie privée et familiale. Peu de cartes sont délivrées dans ce cadre. Le CESEDA encadre sa délivrance en fixant des conditions que l’étranger candidat ne pourra pas – sauf exception – remplir cumulativement. Le niveau des conditions fixées – sachant que le dispositif s’adresse à des personnes qui sont en situation irrégulière – revient à supprimer cette possibilité légale de régularisation, et partant de là interroge le respect de l’article 8 précité.

 

En effet, pour pouvoir « candidater », l’étranger devra justifier :

- de liens personnels et familiaux, stables et intenses depuis au moins cinq ans ;

- de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins (au moins égales au

SMIC). On prendrait toutefois en compte les ressources dont l’étranger pourra disposer selon les termes d’une promesse d’embauche ;

- d’un logement dont la localisation, la superficie, le confort et l’habitabilité permettent son insertion et le cas échéant celle de sa famille ;

- de son intégration républicaine (adhésion personnelle aux principes qui régissent la

République et connaissance de la langue française…).

Ces exigences sont telles que certains arbitrages ne paraissent pas encore faits pour parvenir à une rédaction définitive. C’est dire si les auteurs ont eu la main lourde…

 

  1. Les couples franco-étrangers : de l’amour suspect à l’amour interdit.

 

Les mariages entre Français et étrangers sont perçus par les tenants de l’immigration utilitariste comme un facteur important « d’immigration subie ». On assiste depuis trois ans à des restrictions majeures au droit fondamental à se marier en suspectant systématiquement tout mariage franco-étranger d’être un mariage de complaisance.

La loi du 26 novembre 2003 a ainsi mis en place tout un arsenal faisant obstacle au mariage des étrangers sans-papiers : délit de mariage de complaisance (art. L. 623 du CESEDA) et renforcement des contrôles avant la célébration (art. 63 et 170 du code civil). En outre la présomption de fraude sur les mariages célébrés à l’étranger et la longueur des procédures de transcription dans l’état civil français permet de bloquer interminablement la venue d’un conjoint étranger.

 

Le CESEDA instaure un véritable parcours du combattant pour un couple franco-étranger désireux de se marier.

 

L’accès au droit au séjour du conjoint de français étroitement filtré.

En premier lieu, la carte de séjour temporaire est conditionnée par une entrée et un séjour réguliers.
Article L313-11 modifié: – « Sauf si sa présence constitue une menace pour l’ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale» est délivrée de plein droit :

4° A l’étranger, ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition qu’il justifie d’une entrée et d’un séjour réguliers, que la communauté de vie n’ait pas cessé, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l’étranger, qu’il ait été préalablement transcrit sur les registres de l’état civil français. »

 

Jusqu’alors, la régularisation par le mariage était possible sous deux conditions : de pouvoir justifier d’une entrée régulière sur le sol français et d’une communauté de vie avec son conjoint. Le CESEDA introduit l’exigence supplémentaire pour l’étranger d’être en séjour régulier.

 

Qui pourra bénéficier alors de cette carte de séjour du fait de son mariage ?

-          l’étranger muni au moment de la demande d’une carte de séjour temporaire à un autre titre. En effet si, postérieurement à son entrée irrégulière en France, une carte de séjour a été délivrée, l’entrée irrégulière ne peut être opposée.

-          l’étranger dont le séjour est régulier parce que son visa d’entrée est encore valable.

-          l’étranger muni d’un titre de séjour provisoire (autorisation provisoire de séjour ou récépissé de demande d’asile) et entré régulièrement en France. En effet, selon l’article L311-5 du CESEDA, l’entrée n’est pas régularisée par un séjour régulier dû à ces titres.  Certes, la condition antérieure d’entrée régulière était déjà un obstacle majeur au droit au séjour d’un conjoint étranger de Français. Le nouveau dispositif fermerait cependant l’accès à cette carte à de nombreuses personnes y ayant actuellement droit.

-          L’étranger entré irrégulièrement en France et ayant bénéficié d’une carte de séjour non renouvelée, pour raison de santé par exemple (loi n°2003-1119 du 26 novembre 2003 relative à la maîtrise de l’immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité).

-          L’étranger entré régulièrement en France et sans papiers au moment de la demande.

 

Le PaCS ?

 

Un Français et un sans-papiers entré irrégulièrement en France peuvent actuellement contracter un PaCS qui peut leur assurer après une année de vie commune une carte de séjour temporaire vie privée et familiale. Ce droit est issu de l’article L313-11-7° actuellement en vigueur, grâce à une bataille juridique gagnée en 2002 et confirmée par une circulaire de 2004. Muni de ce titre, le couple pouvait envisager tranquillement le mariage. Aujourd’hui, la seule condition relative au renouvellement de cette carte de séjour est que « la communauté de vie n’ait pas cessé » ; la loi fragilise encore plus gravement ce droit en y ajoutant la condition subjective d’ « intégration républicaine », laissant une large marge d’appréciation aux préfets.

 

2° Fin de la délivrance de plein droit de la carte de résident et allongement des délais d’obtention.

 

L’article L314-11 du CESEDA en vigueur actuellement donne accès de plein droit à la carte de résident, sous réserve de séjour régulier, « A l’étranger marié depuis au moins deux ans avec un ressortissant de nationalité française, que la communauté de vie n’ait pas cessé, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l’étranger, qu’il ait été préalablement transcrit sur les registres de l’état civil français. »

La loi fragilise là encore profondément ce dispositif. L’article L314-9 : « La carte de résident peut également être accordée (…) : A l’étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant de nationalité française, que la communauté de vie n’ait pas cessé, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l’étranger, qu’il ait été préalablement transcrit sur les registres de l’état civil français". L’article L314-5-1 dispose : «  En cas de rupture de la vie commune, la carte de résident délivrée sur le fondement de l’article 3° de l’article L 314-9 peut, dans la limite de quatre années à compter de la célébration du mariage, faire l’objet d’un retrait. »

 

Ce titre était depuis vingt ans attribué de plein droit après un an de vie commune. La loi du 26 novembre 2003 l’avait porté à deux ans. Le renouvellement était de plein droit. La loi prévoit trois années de mariage avant la délivrance d’une carte de résident et introduit une différence majeure : la délivrance devient discrétionnaire soumise au critère d’« intégration républicaine ».

De surcroît, il faut maintenant quatre années de vie commune avant que le conjoint d’un Français n’acquière un droit au séjour autonome. Avant ce délai de quatre années, la rupture de la vie commune autorise le préfet à retirer la carte de résident.

 

3° L’accès à la nationalité

Article 21-2 du code civil. « L’étranger ou apatride qui contracte mariage avec un conjoint de nationalité française peut, après un délai de quatre ans à compter du mariage, acquérir la nationalité française par déclaration à condition qu’à la date de cette déclaration la communauté de vie tant affective que matérielle n’ait pas cessé entre les époux et que le conjoint ait conservé sa nationalité. Le conjoint étranger doit en outre justifier d’une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue française. Le délai de vie commune est porté à cinq ans lorsque l’étranger, au moment de sa déclaration, ne justifie pas avoir résidé de manière ininterrompue pendant au moins trois ans en France à compter du mariage. »

Une déclaration de nationalité est, dans les autres cas prévus par le code civil, reçue par le tribunal d’instance et enregistrée selon une procédure assez simple. Depuis la loi du 26 novembre 2003, l’accès à la nationalité du conjoint de Français est devenu de plus en plus difficile en allongeant les délais et en introduisant les critères subjectifs de «communauté de vie affective » ou de « connaissance suffisante de la langue française». Cette déclaration de nationalité tend à s’apparenter à une procédure de naturalisation. Elle est en effet reçue par le ministre chargé des naturalisations. En 2005, trois textes réglementaires[1] sont venus encadrer étroitement son application. Ainsi est prévu par le décret de 1993 révisé en 2005 que le juge d’instance ou le consul évalue les conditions de communauté de vie, la connaissance de la langue française et l’assimilation à la communauté française. La circulaire du 24 février 2005 ajoute la conduite et le loyalisme. Le CESEDA complète ce dispositif, en allongeant notablement les délais.

 

II - Regroupement familial

 

Font partie de l’«immigration subie» dénoncée par le gouvernement les entrées d’étrangers par le biais du regroupement familial et le droit d’asile. L’adoption de la loi n° 2003-1119 du 26 novembre 2003 a été la première occasion de le faire. Cette loi, et sous prétexte de mettre en conformité la législation interne au droit communautaire, a introduit d’importantes restrictions au regroupement familial :
- la suppression de l’accès direct à la carte de résident,
- de nouveaux critères d’appréciation des ressources,
- l’accroissement des prérogatives du maire,
- la remise en cause de l’autorisation
de regroupement familial, et
- la sanction du regroupement familial « de fait » .

 

Cependant, toutes ces restrictions n’ont pas été considérées comme suffisantes et la surenchère continue comme le test ADN aux candidats au regroupemen familial. La présentation de cette loi est, une fois de plus, l’occasion de continuer à restreindre l’exercice des droits fondamentaux, comme le regroupement familial. C’est une volonté du gouvernement. Ainsi, lors de ses voeux au gouvernement le 3 janvier 2006, le Président de la République a déclaré attacher « la plus grande importance au renforcement de la lutte contre l'immigration irrégulière (…), notamment en matière de regroupement familial. C'est essentiel pour notre modèle d'intégration». Quelles sont les principales modifications prévues par le CESEDA ?

 

a. Allongement du délai pour déposer une demande de regroupement familial.

 

Les étrangers relevant du régime général devront avoir séjourné régulièrement en France, sous couvert d’un titre de séjour d’un an, depuis au moins dix huit mois (au lieu d’un an). Cette disposition s’explique non seulement par la volonté d’allonger le délai d’attente pour déposer une demande de regroupement familial mais aussi par le fait que la durée de la plupart des cartes de séjour temporaires ont désormais une durée de validité de dix huit mois également. Une exception est cependant prévue : les titulaires de la carte de séjour dite « capacités et talents » pourront déposer une demande de regroupement familial au bénéfice de son conjoint et de ses enfants mineurs de dix-huit ans après six mois de résidence régulière en France. Les membres de famille auront une carte de séjour de même nature. Faut-il comprendre que ceux-ci auront une carte d’une durée de trois ans, et du coup, l’ayant obtenu plus tard, d’une durée de validité postérieure à celle du demandeur ?

 

b. Conditions de ressources et de logement plus restrictives

 

- En ce qui concerne les conditions de ressources :

1° la loi actuellement en vigueur prévoit que les ressources du demandeur « doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel ». La réforme propose que le montant de ces ressources doit être « au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel » lequel « est fixé en tenant compte du nombre de personnes composant la famille ». Cela impliquerait donc l’adoption d’un décret fixant un barème des revenus minimum à démontrer selon le nombre de personnes composant la famille.

 

  1. c. Nouvelle condition pour le regroupement familial : la condition d’intégration.

 

Une nouvelle condition s’ajouterait à celles du séjour régulier, de logement et de ressources. Il s’agit de la condition d’intégration républicaine du demandeur, appréciée, selon le projet, « au regard de son adhésion personnelle aux principes qui régissent la République française ainsi que de leur respect dans son comportement quotidien et de sa connaissance suffisante de la langue française ».

L’adhésion personnelle aux principes qui régissent la République française continue à être une notion extrêmement vague et se prêtant à des interprétations forcément diverses et divergentes. Qui aura compétence pour la vérifier ? Voit-on des enquêtes confiées aux policiers des Renseignements Généraux, comme pour les mariages, les naturalisations, etc.?

Quant au « comportement quotidien », il est fort probable qu’une enquête de police soit effectuée pour vérifier cet élément. Selon toute vraisemblance, on contrôlera le respect des obligations fiscales, s’il n’y a aucune contravention (le demandeur a ainsi intérêt à ne s’écarter d’aucune règle si minime soit-elle). Le recours aux différents fichiers deviendra la règle, tel le fichier STIC (système de traitement des informations constatées) où sont inscrites toutes les personnes qui ont eu « affaire » à la justice, même en qualité de témoin ! Et actuellement le prétendu fichier ADVIGE avorté.

La condition de « connaissance suffisante de la langue française » va exclure tous les étrangers dont un policier ou un fonctionnaire considérera qu’il ne parle pas suffisamment bien le français. Cela revient à exclure une bonne partie des étrangers non francophones.

De plus, que signifie cette notion de connaissance « suffisante » ? Enfin, la multiplication de ces critères subjectifs va obligatoirement entraîner des délais supplémentaires (bientôt deux ans pour un regroupement familial), et corrélativement une inflation inévitable de contentieux…

 

  1. d. Exclusion du droit au regroupement familial

 

Le membre de la famille qui réside déjà sur le territoire français sera exclu du droit au regroupement familial. Dans la loi actuellement en vigueur, ce membre de la famille «pourra » en être exclu (art. L. 411-6 du CESEDA).

 

  1. e. Extension des pouvoirs du maire.

 

La loi du 26 novembre 2003 avait d’ores et déjà accordé de larges pouvoirs au maire dans différentes matières concernant l’entrée et le séjour des étrangers en France, y compris en matière du regroupement familial. Le projet de loi y revient pour répondre ainsi aux demandes de nombreux édiles.

Le maire de la commune de résidence du demandeur donnait déjà un avis sur les conditions de logement et de ressources. Il donnera demain, à la demande de l’autorité administrative, un avis pour l’appréciation de la condition d’intégration. Sur quelles bases ? Le maire se livrera-t-il lui aussi une enquête afin de s’assurer que la condition éminemment subjective « intégration » est satisfaite, en plus de celle relative aux ressources et au logement ?

Cet avis sera t-il consultatif ? Quel serait le délai pour rendre cet avis ? Autant de questions laissées pour l’instant dans l’incertitude et promptes à laisser une large marge au pouvoir discrétionnaire d’appréciation des autorités intervenant dans la procédure.

 

  1. f. Remise en cause du regroupement familial

 

Selon la loi en vigueur, s’il y a rupture de la vie commune entre les époux deux ans après la délivrance du titre de séjour, celui pourra ne pas être renouvelé ou le cas échéant, retiré. Avec le CESEDA, cette possibilité de retrait ou de non renouvellement s’ouvrira s’il y a rupture de la vie commune dans les trois années suivant l’entrée en France.

 

g. Passage de la carte de séjour temporaire à la carte de résident

 

Le CESEDA prévoit que le passage de la carte de séjour temporaire « vie privée et familiale » à la carte de résident pour les membres de famille d’un étranger titulaire de la carte de résident ne pourra se faire, et sous certaines conditions, qu’après trois années de résidence régulière et ininterrompue sur le territoire français. Cela signifie-t-il que l’étranger « regroupé » ne pourra pas rentrer en vacances dans son pays d’origine pendant trois ans ? L’ensemble de ces conditions place les membres de famille sous surveillance et sous pression, faisant fi des aléas de la vie de couple. Les conjoints venus dans le cadre du regroupement familial n’acquièrent aucun droit au séjour autonome, si ce n’est au bout d’un délai de plus en plus long.

 

III – Le travail des étrangers

 

Les modifications importantes révèlent l'état d'esprit général du projet : mettre en place une immigration "choisie" en fonction des besoins de main d'œuvre en alignant la durée du séjour sur la durée du contrat de travail. Autrement dit, le CESEDA consacre l’existence de "travailleurs jetables" pour lesquels la fin de l'emploi sonne la fin du droit de séjourner. Il convient, toujours au titre de remarques d’ordre général, d’indiquer que le dispositif mis en place aura pour effet de produire de la clandestinité. Si la philosophie générale du projet est malheureusement aisément compréhensible (gradation de statuts et modulation de droits selon le statut considéré), le dispositif soulève de nombreuses interrogations sur les droits.  
En premier lieu, la réforme intègre dans le CESEDA des dispositions figurant jusqu'alors dans le seul Code du travail. A côté du fantaisiste titre «capacités et talents » (art. L. 317-1 (v. in fine), elle rassemble les statuts éclatés sous un seul et même article (art. L. 313-10).

 

Toutefois, l’article L. 313-10 presque entièrement réécrit devra se combiner avec le dispositif sur la main d’œuvre étrangère qui reste prévu par le Code du travail, ce qui n’est pas sans soulever certaines incertitudes. De plus, sa portée doit être appréciée à l’aune des réformes récentes (« contrat nouvelles embauches ») ou en cours du Code du travail, porteuses de précarisation accrue du statut du salarié, même sous contrat à durée indéterminée. La nouvelle disposition distingue, au titre du travail, 6 situations renvoyant elles-mêmes a priori à six mentions à reporter sur la carte de séjour temporaire. Seule la dernière est véritablement nouvelle (la mention « détaché interne »). Dans tous les cas, l’étranger qui sollicite la délivrance d’une CST doit être porteur d’un visa long séjour (v. L. 313-2). Cela implique un examen du dossier par les consulats. Si l’on s’en tient à la situation actuelle, les consulats devront prendre en compte un certain nombre de critères dont certains sont illicites. C’est le cas en particulier du critère de l’âge considéré comme discriminatoire au regard de nombreuses conventions internationales et de l’article L. 122-45 du code du travail. D’autres seront impossibles à contrôler pour le juge français («intérêt du pays dont il (l’étranger) a la nationalité»). Aucune motivation pour l’éventuel refus de visa n’est envisagé, même lorsqu’il y a eu autorisation préalable de la direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (DDTEFP).

 

IV. L’éloignement

 

Le texte, dans sa version actuelle, s'infléchit dans le sens du durcicement de la « double peine ». En premier lieu en effet, disparaît la cohérence entre le fait d'obtenir de plein droit un titre de séjour et celui d'être protégé de l'éloignement concernant les personnes arrivés en France avant un certain âge. Au titre de la situation actuelle, il faut être entré en France avant l'âge de dix ans - et non plus avant l'âge de 13 ans - pour obtenir de plein droit une carte "vie privée et familiale" lorsque le jeune est arrivé en dehors du regroupement familial. Or les dispositions sur l'expulsion conservent pour l'instant la référence à l'âge de 13 ans. Autrement dit, les jeunes arrivés avant cet âge et à condition de résider depuis en France sont protégés de l'expulsion - hormis les exceptions prévues par le Code - mais ne pourraient plus obtenir un titre de séjour (dès lors qu'ils sont entrés en France en dehors de la procédure de regroupement familial alors qu'ils avaient entre 10 ans et 13 ans). Il convient ici de rappeler que dans le projet de loi Sarkozy, qui a donné lieu à la loi du 26 novembre 2003, la même incohérence existait. C’est alors au nom de la cohérence du dispositif et de l’attachement à l’âge de 13 ans pour déterminer la protection face à l’éloignement forcé (et donc sous couvert de la prétendue suppression de la « double peine ») que le texte a été rectifié dans le cadre des débats parlementaires. Ces arguments méritent ici d’être rappelés le moment venu. En second lieu, la réforme s'accompagne de modifications complémentaires de façon à aligner le dispositif sur les interdictions du territoire français (art. L 541 - 1 et suivants du CESEDA, et art. 131-30-1 et 131-30- 2 du Code pénal) au nouveau dispositif envisagé sur l'expulsion. Les conjoints de Français ne bénéficient d'une protection "quasi absolue" face à l'expulsion que s'ils sont mariés depuis au moins 4 ans (art. L .521-3). Les autres conditions exigées sont maintenues en l'état, à savoir principalement le fait de résider régulièrement en France depuis plus de 10 ans. Les mêmes conjoints de Français sont protégés, cette fois de façon relative, de l'expulsion - en ce sens que la protection tombe en cas de nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique - si le mariage date d'au moins trois ans. Il s'agit ici d'aligner ce nouveau délai sur celui requis pour obtenir une carte de résident (art. L. 521-2).



[1] Décret n°2005-25 du 14 janvier 2005 modifiant le décret n°93-1362 du 39 décembre 1993 ; circulaire DPM/SDN/N 3 n°2005-104 du 24 février 2005 ; circulaire DPM/N2/2005-358 du 27 juillet 2005.

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 14:48

André Barthélemy, président de l'ONG Agir ensemble pour les droits de l'homme et membre de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), comparaissait, jeudi 19 février, devant le tribunal correctionnel de Bobigny. Il est poursuivi pour 'incitation à la rébellion' et 'entrave à la circulation d'un aéronef' pour s'être interposé pendant l'expulsion de deux personnes en avril 2008.

Selon le communiqué d'AEDH, les deux hommes, d'origine congolaise, étaient 'menottés et encadrés par huit policiers' de la police aux frontières (PAF) sur un vol Paris-Brazzaville. M. Barthélemy et plusieurs autres passagers auraient été débarqués manu militari pour s'être confrontés aux forces de l'ordre, les deux expulsés s'étant plaints de mauvais traitements. Après une garde à vue 'd'une dizaine d'heures', il est libéré, puis informé qu'il devra comparaître devant la justice.

C'est chose faite jeudi. Devant les juges du tribunal, M. Barthélémy, 72 ans, explique que son geste n'avait pas pour but d''entraver la reconduite' d'une personne à la frontière mais uniquement d''exprimer son indignation' face aux conditions de détention des Congolais. La police l'accuse d'avoir crié 'c'est inadmissible, une honte', 'vous ne respectez pas les droits de l'homme' et d'avoir incité les passagers à la révolte. Le procureur a requis trois mois avec sursis, une peine relativement élevée dans ce genre d'affaire. La défense, elle, a plaidé la dispense de peine.

Le comparution en justice d'André Barthélemy n'est pas un cas isolé. En décembre, Le Monde révélait l'interpellation de trois philosophes sur le vol Kinshasa-Paris d'Air France pour des faits similaires. Le 16 décembre, Pierre Lauret, directeur de programme au collège international de philosophie, était débarqué du vol aller pour avoir posé trop de questions aux policiers de la PAF. Le 22 décembre, lors du vol retour, c'est au tour de ses collègues Sophie Foch-Rémusat et Yves Cusse de se voir arrêtés à leur arrivée à Roissy. M. Lauret doit comparaître le 4 mars pour 'opposition à une mesure de reconduite à la frontière et entrave à la circulation d'un aéronef'.


'RÉACTIONS DE SOLIDARITÉ OU D'INDIGNATION'


Que coûte l'intervention lors d'une expulsion ou une reconduite aux frontières ? Pour le délit d'incitation à la rébellion, l'accusé risque au maximum deux mois de prison et 7 500 euros d'amende. Pour le chef d'accusation d'inciter à faire débarquer une escorte policière ainsi que l'étranger reconduit hors des frontières françaises, il encoure cinq ans et 18 000 euros d'amende. Ces peines maximales sont détaillées dans une notice d'information distribuée systématiquement depuis 2007 à tout passager qui monte dans un avion servant à une expulsion.


En réalité, une telle sanction est rarement prononcée. La plupart des personnes reconnues coupables s'en sortent avec une condamnation avec sursis, un paiement symbolique ou simplement une relaxe. Reste que ces 'réactions de solidarité ou d'indignation parmi des passagers', selon les termes d'Amnesty International, sont de plus en plus communes, alors même que les chiffres réels de reconduites à la frontière sont en baisse. Selon le rapport du comité interministériel de contrôle de l'immigration, les arrêtés de reconduite à la frontière et obligation de quitter le territoire ont augmenté (64 609 à 97 034 entre 2006 et 2007), mais les reconduites réelles ont chuté (16 616 contre 13 707).


'Les affaires liées à des protestations sur les conditions d'expulsion en avion d'étrangers refoulés du territoire se multiplient', constatait déjà le Gisti en 2004, dans un texte intitulé 'Délit de solidarité'. L'association notait que ce genre d'incrimination découlait indirectement d'une directive datant de 1945 et visant l'individu qui aura 'facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d'un étranger'. Ces poursuites contre des particuliers 'peuvent détourner l'attention qui devrait être portée aux actes de violences commis par des policiers', met en garde Amnesty. Surtout, elles peuvent 'être utilisées pour dissuader les témoins de porter plainte' contre les policiers.


Pour en savoir plus [lisez]:

- Le guide pratique d'intervention dans les aéroports par le Collectif anti-expulsions d'Ile-de-France.

- La notice de la PAF récupérée par la CGT de Roissy.

- La Pétition pour la fin des poursuites contre André Barthélemy.

- Le Blog de soutien aux trois philosophes interpellés en décembre.

- L'article 21 de l'ordonnance du 2 novembre 1945 relative à l'aide au séjour irrégulier en France.

'Délit de Solidarité', par Violaine Carrère et Véronique Baudet sur le site du Gisti.

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 00:36

A observer ce qui se passe actuellement, il est plus que jamais l’occasion de lutter contre la politique actuelle. Cette lutte doit consister à apporter un soutien politique inconditionnel aux actions des peuples qui veulent se libérer du colonialisme politique ou économique.

 

Dans l’ensemble, notre lutte contre l’inégalité sociale et économique est inséparable du combat général contre l’extension internationale de la domination capitaliste qui nous plonge dans une crise financière sans précédent.  

 

Notre lutte doit se traduire par une solidarité avec les peuples qui luttent pour leur indépendance politique et l’entière disposition de leurs ressources économiques.  Nous nous devons également développer des relations privilégiées avec les organisations politiques et syndicales représentant la classe ouvrière et aider à leur développement par tous les moyens dont nous disposons.

 

Notre solidarité envers les peuples qui luttent contre la colonisation et/ou l’oppression doit être guidée par les mêmes principes : apporter un soutien dans le combat sans abandonner pour autant notre droit de dénoncer, de critiquer la nature de classe, ni renoncer à nouer les relations étroites avec les forces politiques, syndicales et autres organisations de la classe ouvrière locale.

 

C’est en partant de ces principes que nous pallierons les carences, les limites, le silence complice et les trahisons de la gauche française, comme nous avons pu le constater récemment lors du carnage de Gaza.

 

Il est honteux, ignoble et insupportable qu’il y ait encore aujourd’hui de nombreux peuples soumis à l’oppression et à l’occupation. C’est pourquoi nous choisissons consciencieusement quatre solidarités significatives à témoigner : la Palestine, le Sahara Occidental (RASD) la république démocratique du Congo (RDC) et les Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique, Ile de la réunion et Guyane).

 

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 19:30

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe, c’est de le transformer ». (Karl Marx).

 

Mes premiers pas en politique

 

Il m’arrive souvent de m’interroger sur mon engagement politique. J’ai fait mes premiers en politique en travaillant dans l'administration centrale rwandaise. Fonctionnaire assistant du bourgmestre en charge des affaires sociales et culturelles, Rédacteur des commissions, Secrétaire a.i. de la Commission politique et Chef de Division Coopération à l'Assemblée nationale de transition et Directeur au Cabinet du ministre des affaires étrangères et de la coopération où j'ai exercé les fionctions de Secrétaire particulier du ministre, j'ai appris à observer, analyser et comprendre les agissements des hommes politiques. J'ai également  appris comment fonctionnaient les rouages politiques et administratifs et compris comment un petit fonctionnaire, « naïf », innocent pourrait être pris pour cible d’une machinerie politicienne. J'ai surtout acquis les connaissances de base sur des questions générales et appris à subir des pressions, amélioré mon savoir et savoir-faire politique, construit ma personnalité ainsi que mon engagement politique : le désir de servir les autres, de résoudre les problèmes, de participer aux décisions qui affectent le grand nombre, d’apprendre comment le pays est gouverné et de devenir un jour « dirigeant ». J’ai compris ainsi qu’il faut, pour cela, les capacités, le talent, les compétences, une tenace volonté et une ambition. C’est cette dernière qui fait qu’un individu accepte de se soumettre à l’épreuve  d’une campagne politique souvent pénible, puis, par la suite, de se trouver exposé à l’œil critique et vigilant de l’opinion, et en proie des « méchants » détenteurs du pouvoir. J'ai ensuite pensé qu’il fallait améliorer mes compétences. D’où mon départ du Rwanda.

 

Le pourquoi du comment

 

Evoquer mon engagement politique, c’est soulever une foule de questions sur le pourquoi du comment, c'est-à-dire les raisons de mon engagement, mes convictions, autrement dit ce que je porte et ce en quoi je crois.

 

Les conditions de vie dans lesquelles mon entourage, mes amis et moi-même vivions, m’ont vite appris que la première condition de toute existence humaine, donc de toute l’histoire, c’est que les hommes doivent être en mesure de vivre pour être capables de « faire l’histoire ». Or, pour vivre, il faut avant tout manger et boire, se loger, se vêtir et maintes autres choses encore. Le premier acte historique, c’est donc la création des moyens pour satisfaire ces besoins. C’est là un acte historique, une condition fondamentale de toute l’histoire que l’on doit aujourd’hui, tout comme il y a des millions d’années, remplir jour par jour, heure par heure, rien que pour maintenir les hommes en vie. Et il est bien certain qu’aujourd’hui encore cette tâche élémentaire n’est pas remplie, même dans les sociétés techniquement les plus évoluées comme la France, où nous assistons impuissamment à une manifestation du mystère de la rencontre de la misère.

 

La deuxième condition préalable que j’ai pu constater, c’est que, une fois satisfait le premier besoin lui-même, le geste de le satisfaire et l’instrument créé à cette fin conduisent à de nouveaux besoins (les besoins secondaires, mais aussi très importants). C’est cette production de nouveaux besoins (l'éducation, soins médicaux...) qui constituent le deuxième acte historique. Mais le comble est que là où j’ai grandi le premier besoin n’a jamais été satisfait. Il est bien entendu que l'on ne pense même pas au deuxième.

 

 La troisième relation qui intervient avec le développement historique, c'est-à-dire le premier et deuxième acte historique, c'est que les hommes, tout en renouvelant quotidiennement leur propre vie, commencent à créer d’autres hommes, c’est-à-dire à se reproduire. C’est la relation entre l’homme et la femme, entre parents et enfants: c‘est la famille. La production de la vie, qu’il s’agisse de sa propre vie ou de la vie d’autrui par la procréation, est donc une relation double, tant naturelle que sociale. 

 

En effet, ma conception de la politique consiste en ce que tout programme politique actualisé se doit alors de lier étroitement le naturel, le social et l'économie. Vous comprendrait donc que ma conception politique est sociale, c'est-à-dire marxiste. C'est une conception politique qui s’attaque en même temps aux conséquences et aux causes de la misère, qui privilégie la solidarité et le partage des ressources de la nation. Ce faisant, de meilleures conditions de vie et de travail me paraissent alors comme le point de départ décisif de l’essor de mon action politique et économique. Il s’agit d’une politique sociale cohérente qui s’ordonne autour de thèmes centraux :

-         priorité aux plus défavorisés,

-         lutte contre les inégalités (donc les discriminations dans toutes ses formes: sociales, ethniques, culturelles, cultuelles, etc.),

-         progrès et justice sociale,

-         démocratie.

 

Mon choix politique est donc de faire le plus pour ceux qui ont le moins. Il s'agit d'éradiquer les conditions qui tirent le peuple vers le bas, qui freinent et bloquent son développement social. La priorité aux plus déshérités comme moteur de progrès, du changement politique et économique, est la clé de mon engagement politique. Il s’articule sur les points suivants :

-        l’amélioration des conditions de vie et de travail en faveur de la masse des travailleurs (paysans, ouvriers) et en premier lieu à ceux qui aujourd’hui peuvent le moins consommer alors qu’ils travaillent dur : "les travailleurs pauvres".

-        La qualification des travailleurs, adapté leurs compétences et leur savoir-faire aux progrès scientifiques et technologiques par le biais de la formation professonnelle tout au long de la vie. Ce qui conduit au développement de la recherche et de la production. La complexité croissante de fabrication n’exige-t-il pas davantage de travail qualifié ?

-         La mise en place d’une véritable démocratie, en posant la question des travailleurs, des ouvriers, des paysans (les populations les plus exploitées dans la direction du pays), dans la gestion du secteur public, dans le contrôle des grandes entreprises privées.

-        Relèvement massif des plus bas salaires en ouvrant largement la hiérarchie des salaires et des revenus, en tenant compte les différences effectives dans la qualification, dans l’exercice réel des responsabilités et dans l’ancienneté. Il faut rappeler que la réduction des inégalités de revenus et la révision de la hiérarchie des salaires sont indispensables pour les raisons mêmes qui justifient l’élimination rapide de la pauvreté.

 

Pour quelle ambition politique.

 

A force de discuter avec les élu-e-s et autres personnes politiquement et socialement engagées, comme les syndicalistes et autres personnes de la société civile, je me suis rendu compte qu’ils avaient tous des raisons presque semblables pour s'engager : le renversement de la spirale. En ce qui me concerne, mon engagement politique est une révolte contre le statu quo. C’est contre l’autoritarisme, la pauvreté, la peur du lendemain que je me suis engagé. Mon ambition est de prendre le chemin inverse, c’est-à-dire celui de la vie heureuse, de liberté, de solidarité, d’égalité, de justice et de droit, non pas en tant que spectateur, mais comme acteur. Pour ce, il fallait prendre le chemin qui corresponde à mes convictions, la route qui mène à une politique répondant à aux intérêts profonds des habitants : la lutte contre la pauvreté, le combat pour la sécurité de la vie, pour l’allègement de la charge de travail… à telle enseigne que le temps et les moyens de vivre deviennent des objectifs prioritaires. C'est dans ce contexte que j'ai rencontré Karl Marx et embrassé le marxisme. Le changement de perspectives, tel que je le conçoit, consiste en ce que l’économie, ce sont d’abord des hommes et des femmes, donc un rapport social. C’est pourquoi il faut créer des productions nouvelles socialement utiles : produire plus et mieux, aménager autrement le territoire, rééquilibrer progressivement les activités économiques et sociales, lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme en mode capitaliste de production. Concrètement, il s’agit de mettre sur la table de discussion la question du quotidien, d’abri, du travail (surtout celle des « travailleurs pauvres » qui sont de plus en plus nombreux), de l’explosion des hauts salaires, des dividendes, du commerce des armes légères, du fleurissement de la grande misère et de la famine, des enfants de la rue, la problématique des conflits armés, etc.

 

Le développement de la misère dans l’arrière pays du Rwanda est le signe le plus considérable et le plus significatif que présentent les sociétés qui imitent le capitalisme à tout va. Là, si vous osez y pénétrer, vous verrez à chaque pas des hommes et des femmes flétris par la dictature et par la misère ; des enfants à demi nus et malnutris qui pourrissent dans la saleté alors que les bâtiments sortent de la terre comme de champignons à Kigali. Vous rencontrerez des millions d’hommes  qui, à force d’abrutissement, de peur et d’anxiété, vivent dans dépression physique, intellectuelle et morale. Vous apercevrez la misère sous un aspect horrible qu’elle vous inspirera plus de dégoût que de pitié, et que vous serez tenté de la regarder comme le juste châtiment d’un crime ! Triste compensation à l’accroissement de la richesse que nous indiquent les chiffres officiels de Kigali! La privatisation sauvage, les fractures et les angoisses sociales dues à la rupture des liens de la solidarité générale des sociétés et replie sur des solidarités particulièrement ethniques, les déséquilibres démographiques entre Kigali et l'arrière pays, les inégalités dans l'accès aux ressources naturelles... autant des maux qui ruinent le pays de mille collines.

 

Face à cette situation, il est temps de changer de cap et réfléchir sur l'avenir de nos progénitures. Pour moi, la solution serait de revenir à la nationalisation des entreprises qui ont été privatisées: Eletrogaz, Rwandatel, Imprimerie nationale, Régie de l'imprimerie scolaire, onatracom, etc. La rénationalisation est un acte politique majeur qui consiste à étendre le secteur public dans tous les domaines de la vie sociale et économique. La nationalisation préfigure en effet l'abolition du caractère marchand de la force du travail. C'est une gestion démocratique qui permet d'intervenir en matière de durée et d'intensité du travail. Changer la vie, vivre mieux n'impliquent-ils pas la démocratisation profonde de la vie sociale, la promotion et l'élargissement des droits politiques, associatifs et syndicaux? Il s'agit de rendre impératif une transformation des rapports entre les hommes, c'est-à-dire une autre conception de la vie sociale, une solidarité active, un essor de l'initiative et de la responsabilité individuelles.
 
Vaincre le chômage, c'est mettre au travail des centaines de milliers d'hommes et de femmes qui créent de richesses qu'ils ne peuvent en consommer; c'est améliorer la santé de tous les habitants par une action systématique de prévention et de soins de proximité; c'est de toute évidence réduire les coûts sociaux de la maladie. Selon mon entendement, le rpogrès social consiste en la réduction des économies sur les gâchis actuels (la guerre en RDC et autres folies meurtrières) et en la création des ressources nouvelles par l'augmentation de la masse et de la qualité des richesses produites par l'agriculture. Les richesses doivent donc être là où elles doivent naître, c'est-à-dire dans les villages, les districts ou les provinces.

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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 21:34

Cette éminente  historienne et défenseure des Droits Humains a péri dans un accident d'avion 
 
"La disparition d'Alison porte un coup dévastateur non seulement à Human Rights Watch mais aussi aux peuples du Rwanda et de la région des Grands Lacs."
Kenneth Roth, Directeur éxécutif de Human Rights Watch

(New York) - C'est avec grande tristesse que Human Rights Watch a annoncé le décès de notre bien-aimée collègue Dr. Alison Des Forges, qui a péri quand l'avion "Vol 3407" dans lequel elle voyageait s'est écrasé entre Newark et Buffalo le 12 février 2009. Alison Des Forges, principale conseillère auprès de la division Afrique pendant presque deux décennies, a consacré sa vie à ses travaux sur le Rwanda. Elle était l'experte la plus réputée dans le monde sur le génocide rwandais et ses conséquences.

"La disparition d'Alison porte un coup dévastateur non seulement à Human Rights Watch mais aussi aux peuples du Rwanda et de la région des Grands Lacs", a déclaré Kenneth Roth, Directeur éxécutif de Human Rights Watch.

Veuillez cliquer
ici pour lire le communiqué intégral en anglais, dont une traduction en français sera prochainement mise en ligne.

Vous pouvez transmettre un message de condoléances à cette adresse (de préférence en anglais mais sinon en français): 
tribute@hrw. org


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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 01:14

Depuis des semaines, représentants politiques et dignitaires religieux de la communauté juive semblent parler d’une seule voix. Selon les premiers, «la grande majorité » des juifs de France soutiendraient sans réserve l’État d’Israël et son offensive à Gaza. Les seconds, quant à eux, changent de registre sans vraiment changer de discours, présentant le cas échéant Tsahal comme une armée spirituellement exemplaire, au service des plus hautes valeurs morales.  Résignés à réduire la diaspora au simple statut d’appendice de l’État d’Israël, nos porte-parole laïcs oublient et cherchent à faire oublier à leurs ouailles que cet État sert des intérêts qui sont les siens et les siens seuls, non ceux du « peuple juif » dans son ensemble, et que, dans la poursuite de ses objectifs, il se soucie finalement assez peu du sort de ses frères de diaspora, considérant à l’occasion qu’une possible aggravation de ce sort pourrait avoir le mérite de grossir les rangs des immigrants. Leurs déclarations confirment, installent et légitiment, dans l’esprit de maints pro-palestiniens, la confusion dévastatrice entre juifs et Israéliens. Elles ne provoquent pas directement les agressions antisémites désormais recensées chaque jour, et elles ne les justifient certes pas, parce que de telles agressions sont en tout état de cause injustifiables. Ces déclarations ne sont en revanche pas de nature à faire retomber les tensions. Elles mettent objec tivement en danger ceux-là mêmes au nom desquels elles sont prononcées.  Ceci serait déjà beaucoup. Mais ce n’est encore rien, si l’on peut dire, comparé à l’engagement, lui aussi sans nuance, de dignitaires religieux pour une cause éminemment problématique sur le plan strictement éthique. On peut douter que Tsahal agisse« avec amour », comme on l’a hélas entendu. Surtout, il me paraît choquant de présenter l’opération Plomb durci non point comme l’action d’un État souverain visant à sauvegarder ou à renforcer ses intérêts propres et particuliers, mais comme un combat pour une idée et des valeurs universelles, comme l’héroïque lutte d’une armée idéale pour l’homme, son humanité et sa liberté. Tandis que les représentants laïcs de la communauté enrôlent d’autorité tous les juifs sous une bannière qu’ils n’ont pas forcément choisie, c’est le judaïsme en tant que tel que ses responsables religieux engagent. Qu’ils le veuillent ou non, qu’ils y aient songé ou pas, que ce soit juste ou pas, c’est le judaïsme lui-même qu’ils contribuent à associer, dans de nombreux esprits, aux images atroces d’enfants morts à Gaza. Cela, on aurait dû nous l’épargner. Le judaïsme, patrimoine culturel et spirituel plurimillénaire, prodigieusement riche, complexe et contradictoire, vaut infiniment plus que les errements d’un État de fraîche date qui, pour juif qu’il se dise et pour légitime que soit son existence, n’est rien de plus qu’un État. C’est le judaïsme qui est un humanisme, et comme tel c’est au meilleur qu’il aspire. Le sionisme, lui, est un nationalisme, et à ce titre, il est capable du pire comme du meilleur ; il peut libérer et créer, mais aussi exclure, opprimer et détruire. Et je ne puis croire un seul instant que le judaïsme ne m’oblige pas à voir comme un scandale l’oppression dont un peuple est l’objet, la privation totale de liberté qui est son lot quotidien, les souffrances qui lui sont infligées, le déni de son irréductible humanité.  La sionisation contemporaine du judaïsme est à la fois l’un des signes et l’une des causes de son étiolement. Identifier le judaïsme au sionisme ou aux intérêts d’un État, c’est lui faire courir un danger majeur. On peut être, comme je le suis, un juif globalement non croyant et non pratiquant, et continuer de croire au judaïsme. C’est pourquoi je vis comme une trahison et comme un désaveu tragique cette sinistre confusion des genres. De la même façon que bien des musulmans vivent comme une trahison et comme un désaveu tragique la sinistre confusion, du fait même d’autres musulmans, de l’islam avec une radicalité idéologique et politique qui, en fait, le déshonore.  Sans doute les clés d’un avenir apaisé et revivifié sont-elles dans une relative désionisation du ju- daïsme, dans une déjudaïsation relative et pleinement assumée de l’État juif, en même temps que dans une relative dépolitisation de l’islam et dans une désislamisation relative et pleinement assumée du nationalisme palestinien. On en est loin, je sais. L’idée paraîtra à beau coup naïve ou abstraite. Elle n’est peut-être que sage, ce qui, dans les circonstances présentes, hélas, lui fait évidemment perdre beaucoup de sa force. Identifier le judaïsme au sionisme ou aux intérêts d’un État, c’est lui faire courir un danger majeur.

(1) Titulaire de la chaire de pensée juive médiévale. Dernier ouvrage paru : Dictionnaire des mondes juifs (La rousse, 2008), avec Esther Benbassa.

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 01:09


La guerre sanglante que l’armée israélienne mène à Gaza n’est pas venue de nulle part. Tzipi Livni a prévenu tous les partis politiques sionistes 48 heures avant l’agression et tous l’ont approuvée, y compris le Meretz (la gauche sioniste). Le mouvement « La Paix Maintenant » et les écrivains dits « de gauche » (mais farouchement sionistes) Amos Oz, Avraham Yehoshua et David Grossman ont aussi approuvé l’invasion en prônant peu après une trêve. Tous partagent le point de vue officiel en Israël : pour eux, le Hamas est un monstre infréquentable contre lequel le droit de tuer va de soi, même s’il y a des « dommages collatéraux ».

Des Israéliens juifs anticolonialistes s’opposent à la guerre. Ils témoignent et manifestent quotidiennement avec un grand courage. Ils ne représentent qu’une petite minorité (il paraît que 95% des Israéliens juifs étaient d’accord avec la perspective d’attaquer le Hamas) mais leur importance et leur influence dépassent leur nombre. Tous sont non sionistes ou antisionistes. Ils sont les seuls à comprendre la nature du crime commis à Gaza : crime de guerre et crime contre l’humanité. Il faudra bien qu’on en finisse avec l’impunité de cet Etat-voyou. Cela passera par le boycott d’Israël tant que durera l’occupation et par le jugement des criminels de guerre.

Une idéologie totalitaire

En Israël, tout est sioniste. L’identité, la mentalité, l’histoire enseignée, les médias, les lois, l’air que l’on respire. Personne ne peut échapper à cette idéologie qui s’insinue partout. Au nom de cette idéologie, 60 ans après la création de l’Etat d’Israël, la moitié des Bédouins du Néguev vivent dans des bidonvilles sans route, ni eau, ni électricité, ni maison en dur, parce que l’Etat Juif ne reconnaît pas leurs villages et leurs actes de propriété. Entre Méditerranée et Jourdain, il y a environ 5 millions de Palestiniens et 5 millions et demi de Juifs. À cause du sionisme, les premiers n’ont aucun droit. Ils sont soit bombardés et massacrés, soit occupés, soit des sous citoyens dans leur propre pays.L’apartheid s’est installé.

Dans l’histoire multiple et diverse du judaïsme, le sionisme a fait irruption, il y a un peu plus d’un siècle et il a la prétention aujourd’hui de s’imposer à tous les Juifs. Si on le critique et qu’on n’est pas juif, on est forcément antisémite. Si on est juif, alors on est un « traître qui a la haine de soi ». Et si on est palestinien, le sionisme délivre un droit de tuer, pour la bonne cause bien sûr, la sacro-sainte « sécurité d’Israël ».

Il n’en a pas toujours été ainsi. En 1948, tous les grands noms du judaïsme américain avec en tête Albert Einstein et Hannah Arendt signent une adresse au président Truman lui enjoignant d’arrêter ou d’expulser le terroriste Menahem Begin qui vient de massacrer 200 villageois à Deir Yassine. Aux yeux du monde, le judaïsme à l’époque, c’est Rosa Luxembourg, Freud, Kafka, Einstein, Arendt. Tou-te-s étaient non croyant-e-s et non sionistes comme la majorité des 6 millions de morts du génocide nazi. Comment est-on arrivé à cette inversion qui fait que les valeurs de fascistes (je ne trouve pas d’autre mot) comme Begin, Shamir, Liberman , Sharon se sont imposées et sont devenues celles des criminels Olmert, Perès, Barak, Livni …ou celles d’un grand nombre de dirigeants communautaires en France.

Cette mutation est incompréhensible si on n’examine pas ce qu’est le sionisme : à la fois un nationalisme, une forme de colonialisme, un messianisme qui a fabriqué un « homme juif nouveau ». Et une idéologie devenue ultra militariste, ayant fabriqué un pays devenu la tête de pont de l’impérialisme au Proche-Orient. Une idéologie affirmant offrir un « havre de paix » aux Juifs. Avec à la clé une instrumentalisation du génocide nazi et de l’antisémitisme.

Une histoire falsifiée

Les sionistes ont fabriqué une histoire fantastique du judaïsme. Alors que la grande majorité des premiers sionistes étaient non-croyants et souvent très hostiles aux religieux, ils sont allés chercher dans la Bible toutes les « justifications » au projet colonial qu’ils étaient en train d’inventer.

Depuis des dizaines d’années, il y a consensus chez les archéologues et les spécialistes de l’histoire antique (lire « La Bible Dévoilée » de Finkelstein et Silberman chez Bayard). Les épisodes d’Abraham et de Moïse sont totalement légendaires. Mais, ce qui est plus important, la conquête de Canaan par Josué est totalement légendaire. Ce texte qui est une véritable apologie du nettoyage ethnique et du massacre de « l’autre » n’a aucune réalité historique. C’est pourtant lui qui sert de base « historique » à l’installation des colons en Cisjordanie et aux partisans de l’expulsion des Palestiniens (la moitié de la société israélienne y est favorable). Il n’y a aucune trace archéologique de l’existence du royaume unifié de David et Salomon. À l’époque, Jérusalem était un village. Il est très probable que le royaume d’Israël (détruit par les Assyriens) et celui de Juda (détruit par les Babyloniens) aient toujours été des entités distinctes. Et il est surtout avéré que, pendant toute l’antiquité des peuples différents, des langues différentes et des religions différentes ont cohabité sur cette terre qui était un véritable carrefour. Les sionistes qui affirment que c’est la terre du peuple juif et que l’Etat d’Israël est une reconstitution du « royaume unifié » ont entériné une légende religieuse à laquelle ils ne croyaient pas eux-mêmes.

Dans la théorie sioniste, le peuple juif a été expulsé de sa terre au moment de la guerre menée par Titus et de la destruction du temple. Il aurait vécu 2000 ans en exil dans des conditions épouvantables jusqu’à ce que le sionisme lui permette de retourner dans son pays.

Or cette théorie est une affabulation. Dans « Comment le peuple juif fut inventé » (chez Fayard), Shlomo Sand montre, documents à l’appui, qu’il n’y a eu ni exil ni retour. Au moment de la destruction du temple, il y avait déjà des Juifs à Babylone, Alexandrie, Rome, en Espagne …Après la défaite face aux Romains, c’est la religion qui s’est dispersée, pas le peuple. Donc les descendants des Hébreux sont essentiellement les Palestiniens. Ben Gourion en était d’ailleurs persuadé et il a d’abord songé à les intégrer au projet sioniste.

Pendant plusieurs siècles dans l’empire Romain puis dans d’autres régions, la religion juive a été prosélyte. Les Juifs ont formé un pourcentage notable des habitants de l’empire romain. De nombreuses conversions ont eu lieu plus tard chez les Berbères d’Afrique du Nord puis chez les Khazars (une tribu turque ayant établi un empire entre Caspienne et Mer Noire). Bref les Juifs d’aujourd’hui seraient majoritairement descendants de convertis. Quant au retour, à plusieurs reprises, les Juifs auront l’occasion de s’installer à Jérusalem et ils préfèreront aller à Bagdad, Alexandrie ou Salonique. Il n’y a pas de « race » juive et (d’après Sand) même pas de « peuple » juif. La théorie sioniste de l’exil et du retour est complètement une construction idéologique.

Les sionistes ont instrumentalisé l’épisode de Massada. Après la prise de Jérusalem par Titus, des Juifs révoltés sont assiégés par les Romains dans la citadelle de Massada au-dessus de la Mer Morte et ils préfèrent le suicide à la reddition. D’où le complexe de Massada : « personne n’aime les Juifs, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes et ils sont menacés en permanence de destruction ». En réalité, les révoltés de Massada étaient des fanatiques religieux (les zélotes) qui ont commencé par massacrer les Juifs qui acceptaient le mélange avec les autres peuples de la région et la souveraineté romaine.

Diaspora et antisémitisme.

Pour les sionistes, la diaspora (=dispersion) est une parenthèse
qui se serait terminée avec la fondation de l’Etat d’Israël. C’est faux : la diaspora est le centre de l’histoire des différents judaïsmes. C’est le lieu où la religion s’est structurée. C’est là que les différentes langues juives (judéo-arabe, ladino, yiddish) se sont développées. Le sionisme s’est acharné à faire disparaître les langues, les traditions et les cultures des différentes communautés juives de la diaspora. La plupart des Israéliens ont des noms et des prénoms qui n’ont rien à voir avec ceux de leurs ancêtres. L’Hébreu s’est imposé, la culture israélienne a fonctionné comme un effaceur du passé. Pour fabriquer l’Israélien nouveau, il a fallu « tuer » le Juif (le cosmopolite, le minoritaire, le dispersé). La plupart des Israéliens ignorent tout de leur histoire. Cette absence de mémoire, remplacée par une mémoire falsifiée est une des explications de leur indifférence à « l’autre ».

Le sionisme décrit la vie en diaspora comme une suite ininterrompue de persécutions et de malheurs qui auraient pris fin avec la création d’Israël. Avec l’idée que le mélange ou l’égalité des droits entre Juifs et Non Juifs est impossible et que les Juifs ne peuvent vivre qu’entre eux dans un Etat juif.

Il y a là une vision réductrice. La persécution des Juifs commence sous l’empereur Constantin (IVe siècle ap JC) quand le christianisme devient religion officielle. Cet antijudaïsme chrétien a des origines multiples : le christianisme est issu du judaïsme, les 2 religions ont longtemps été en concurrence, l’accusation de « déicide » est centrale chez les Chrétiens. Les Juifs subiront de très nombreuses expulsions (la plus importante étant l’Espagne en 1492), de grands massacres (croisades, Ukraine), un enfermement et une discrimination systématiques. Mais il y a eu aussi des périodes plus fastes marquées par une vie culturelle intense. Les sionistes essaient de montrer que les Musulmans ont toujours été les ennemis des Juifs. C’est faux : le statut de « dhimmi » n’est certes pas la citoyenneté, mais il a assuré aux Juifs une paix relative qui n’a rien à voir avec les persécutions chrétiennes.

C’est paradoxalement l’Emancipation des Juifs européens (qui commence au XVIIIe siècle en Allemagne et en France) qui provoque la transformation de l’antijudaïsme chrétien en antisémitisme racial. Le Juif personnifie l’obstacle à la construction d’Etats-nations ethniquement purs. Il devient le bouc émissaire de tous les nationalismes. C’est le consensus antisémite en Europe qui permettra le génocide nazi.

Le sionisme contre l’Emancipation

Vers 1900, une dizaine de millions de Juifs vivent en Europe de l’Est. Ils parlent le Yiddish. Les transformations sociales les ont massivement prolétarisés. Une grande partie d’entre eux abandonne la religion et se tourne vers les idées socialistes. Pour beaucoup, la révolution, en émancipant les prolétaires, résoudra la question de l’antisémitisme. Si les principaux partis révolutionnaires mettent entre parenthèse la « question juive », le Bund, parti révolutionnaire juif, propose dans le cadre de la Révolution, une « autonomie culturelle » des Juifs là où ils vivent.

C’est à cette époque qu’apparaît le sionisme. Il se présente au départ comme une version juive des différents nationalismes (qui mèneront à la boucherie de 1914 et au nazisme) avec l’équation simple : un peuple = un état. Problème : s’il y a à l’évidence un peuple Yiddish entre Baltique et Mer Noire, ce peuple a peu à voir avec les Juifs marocains, irakiens ou yéménites. Les sionistes inventent donc le peuple et l’exil. Alors que le Bund crée des milices d’autodéfense contre les pogromistes, les sionistes considèrent que l’antisémitisme est inévitable, qu’il est inutile de le combattre et que la seule solution est la fuite vers le futur Etat Juif. Ils tournent délibérément le dos à toute idée d’égalité, d’émancipation, de citoyenneté, de mélange. Peu avant sa mort, Herzl rencontre un des pires ministres antisémites du tsar en lui expliquant que sionistes et tsaristes ont des intérêts communs : faire partir un maximum de Juifs. Le pogrom de Kichinev ou l’Affaire Dreyfus sont utilisés pour convaincre que tout combat en Europe est inutile. L’Affaire Dreyfus a pourtant montré que l’antisémitisme concernait toute la société et que la victoire des forces de progrès était possible.

Les sionistes, très souvent laïques voire athées, s’emparent du texte biblique et décident de s’installer en Palestine. C’est le fameux mensonge fondateur de Zangwill (« une terre sans peuple pour un peuple sans terre »). Leur installation commence donc par la négation de l’existence du peuple palestinien. Du coup, ils fabriquent une histoire de la Palestine, où paraît-il les Juifs auraient vécu sans interruption depuis 4000 ans. C’est bien sûr faux. Après la dernière révolte juive contre les Romains (Bar Kochba), il y a très peu de Juifs en Palestine, la population étant devenue chrétienne puis musulmane. Vers 1900, les Juifs forment 4% de la population en Palestine, ce qui est la même proportion que dans les pays voisins. Ils sont majoritairement arrivés au XVIIIe siècle, sont très bien intégrés et sont contre toute idée d’Etat Juif.

Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, les sionistes seront très minoritaires parmi les Juifs. Ceux qui émigrent pour fuir la misère ou l’antisémitisme partent très majoritairement vers les Etats-Unis ou l’Europe occidentale. Toutes les élections qui ont lieu en Pologne ou en Lituanie dans les ghettos montrent que les partis sionistes sont minoritaires. En 1939, il n’y a que 3% de la population juive mondiale qui est partie en Palestine.

Le sionisme n’est pas au départ religieux. Le courant religieux sioniste (celui du rabbin Kook) sera au départ très faible, les religieux étant majoritairement sceptiques, voire très hostiles au sionisme. Ils considèrent que l’Etat Juif se substituent au Messie. Il faudra attendre 1967 avec l’émergence du courant national-religieux pour voir l’horrible synthèse entre colonialisme et intégrisme.

Du colonialisme au nettoyage ethnique.

Les sionistes sont arrivés en Palestine avec le même complexe de supériorité vis-à-vis des autochtones et le même comportement que les colonialistes de l’époque. Il s’agissait d’accaparer le maximum de terre et de repousser, confiner, domestiquer le peuple qui vivait là. Au musée de la ville israélienne de Hadera, il y a une grande photo avec la légende : « Moshé X, fondateur de Hadera ». Autour de l’individu en question, il y a une quinzaine de Palestiniens, mais les fondateurs du musée n’ont même pas vu qu’ils existaient. Tout sera bon pour acquérir des terres. L’argent qui sert à « arroser » quelques féodaux et à valoriser les terres mais aussi la force. La déclaration Balfour marque la complicité entre le sionisme et l’impérialisme. Pour Balfour qui partage les préjugés antisémites de l’époque, c’est un coup double : faire partir les Juifs d’Europe et assurer une présence européenne au Moyen-Orient où l’empire ottoman s’est effondré.

Quand les Palestiniens réalisent que l’immigration juive a pour projet d’établir un Etat juif et de les déposséder de leur propre pays, ils se révoltent (1929, 1936) et c’est l’armée britannique qui les écrase. Pendant toute cette période, les sionistes construisent un véritable appareil d’état et ils sont totalement absents de la lutte contre la montée du nazisme. Pire, l’aile droite du sionisme dont le chef de file est Jabotinski, s’inspire directement des idées fascistes (il a vécu en Italie et admirait Mussolini) pour proposer dès 1930 l’expulsion des Palestiniens au-delà du Jourdain. Le groupe Stern d’Itzhak Shamir (futur premier ministre d’Israël) avait une telle conscience du génocide nazi qu’il assassinera des soldats britanniques jusqu’en 1942 et tentera de négocier avec les Nazis.

Les sionistes ont joué un rôle confidentiel dans la résistance juive au nazisme qui a été principalement communiste ou bundiste. Et pourtant, c’est le génocide (qui a tué la moitié des Juifs européens et a fait définitivement disparaître le Yiddishland) qui va permettre la fondation d’Israël.

Les Européens, les Américains et les Soviétiques se rallient dès 1945 à l’idée d’un Etat Juif. Ils vont faire payer au peuple palestinien pour un crime européen (l’antisémitisme et le génocide) dans lequel il n’a pas le début d’une responsabilité.

On sait de façon sûre, les nouveaux historiens israéliens (surtout Ilan Pappé) ayant confirmé ce que les Palestiniens ont toujours dit, que l’expulsion de 800000 Palestiniens en 1948 était préméditée. Ce nettoyage ethnique (la Naqba) est un crime et aucune paix ne pourra être signée sans la reconnaissance de ce crime qu’il faudra, d’une façon ou d’une autre, « réparer ». Or, pour le sionisme, cette reconnaissance est une négation du projet fondateur et de la prétendue légitimité de ce projet. Dans le film sioniste « Décryptage », Ehud Barak interviewé le dit : « j’aurais voulu qu’Arafat reconnaisse la légitimité du sionisme ». Bref il aurait voulu sa capitulation. On est au cœur du problème. Le sionisme est bien un obstacle à la paix.

Ajoutons puisque aujourd’hui le Hamas est accusé de terrorisme que le terrorisme sioniste pendant la guerre de 48 a été bien réel avec l’Irgoun et le groupe Stern (mais la Haganah, armée officielle occupait les zones « nettoyées » par les terroristes). De Deir Yassine à l’attentat contre l’hôtel King David ou à l’assassinat du comte Bernadotte, on voit que les auteurs de ces crimes sont devenus plus tard Premiers ministres. Et aujourd’hui, on découvre que Tzipi Livni qui a travaillé dans les services secrets est la responsable d’un attentat anti-palestinien à Rome.

La politique du fait accompli et l’instrumentalisation du génocide.

Après 1948, les sionistes ont accéléré la stratégie qui leur avait si bien réussi en se faisant reconnaître par l’ONU sur des frontières qui n’avaient plus rien à voir avec celles du plan de partage : la stratégie du fait accompli. Dès 1949, les terres et les propriétés des Palestiniens chassés sont confisquées. Alors qu’Israël a dû reconnaître dans les conventions d’armistice de 1949 le droit au retour des Palestiniens, ce droit va immédiatement être nié et même présenté comme une revendication inacceptable mettant en question l’existence d’Israël.

En 1948, il y a moins d’un million de Juif dans le nouvel état. Tout va être mis en route pour provoquer partout l’émigration. Sionisme et antisémitisme vont devenir complémentaires, le second alimentant le premier et le premier cherchant à provoquer le second quand l’émigration se tarit. L’arrivée d’un million de Juifs du monde arabe est le résultat conjoint d’une propagande très intense pour les arracher de pays où ils vivaient depuis des siècles et de l’attitude de la plupart des gouvernements arabes ravis de ces départs. Pour les Juifs venus des pays de l’Est, la persistance d’un antisémitisme d’état a provoqué une rupture avec le communisme (qui avait la sympathie d’un très grand nombre de Juifs) et l’émigration vers Israël.

Le fait accompli va prendre un tour nouveau en 1967. On sait maintenant que les menaces de Nasser ont été un prétexte. La guerre, l’annexion et la colonisation étaient programmées. L’annexion (par vote de la Knesset) de Jérusalem Est a lieu dès 1967. Elle sera suivie de celle du Golan. Ne disposant pas du « personnel » pour créer des colonies, les travaillistes au pouvoir vont littéralement créer le courant national-religieux (qui représente aujourd’hui 1/4 de la population) en leur offrant des colonies. C’est Ygal Allon (réputé être « de gauche ») qui est à l’origine de cette colonisation. 500000 Israéliens vivent aujourd’hui dans les territoires conquis en 1967 et tout a été fait pour faire disparaître la « ligne verte » et rendre l’annexion définitive.

Le sionisme a eu au départ une attitude ambiguë vis-à-vis du génocide. Les rescapés ont été très mal reçus en Israël (aujourd’hui, beaucoup vivent sous le seuil de pauvreté). On opposait leur prétendue résignation à l’Israélien fier de lui qui défrichait, se battait et « transformait le désert en jardin ». Mais très rapidement, le gouvernement a vu le parti à tirer du génocide. D’où la création du musée Yad Vashem, l’arrestation et l’exécution d’Eichmann. Plus tard le « devoir de mémoire » est devenu obligatoire.

Aujourd’hui, ce devoir est devenu une horreur. Il y a d’abord l’idée que les Juifs ont été, sont et seront toujours des victimes. Les Israéliens ont « peur de ne plus avoir peur », ça les obligerait à examiner l’impasse meurtrière dans laquelle ils se trouvent. Quand les dirigeants israéliens ont négocié avec les Palestiniens, le seul sujet qu’ils voulaient traiter, c’était la sécurité de l’occupant. Pour eux, le « peuple élu », c’est celui qui a tous les droits. Les sionistes célèbrent les quatre Israéliens tués par les Qassams du Hamas et se moquent totalement des 1000 morts de Gaza. Israël est le pays (après la Turquie) où il y a le plus de négationnistes du génocide arménien, le seul génocide valable étant celui des Juifs. Couramment on présente les Palestiniens comme les héritiers du Nazisme. Arafat a été qualifié de « nouvel Hitler » et Begin a dit en 1982 en lançant ses troupes sur Beyrouth « qu’il avait l’impression d’attaquer le bunker d’Hitler ». Sharon a déclaré lors du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz que cela prouvait que « les Juifs ne pouvaient se défendre que par eux-mêmes », bref que tout était permis. Pour les rescapés et leurs descendants (dont je suis), cette instrumentalisation est obscène.

Le sionisme prétendait apporter un « havre de paix » aux Juifs persécutés. Il a fabriqué un projet criminel pour les Palestiniens mais suicidaire pour les Israéliens et même pour les Juifs. S’il y a bien un pays où les Juifs sont en insécurité, c’est Israël et il en sera ainsi tant que la destruction de la Palestine se poursuivra.

Israël est devenu un pays odieusement militariste. On dit d’ailleurs que ce n’est pas un pays doté d’une armée mais « une armée dotée d’un état ». D’ailleurs la plupart des dirigeants politiques viennent de l’armée ou des services secrets. Et Israël est devenu une tête de pont de l’Occident au Moyen-Orient dans le cadre du « choc des civilisations ». Ce pays incarne l’Occident face aux « barbares ». D’où le « permis de tuer » à Gaza qui a été octroyé.

Le sionisme a gommé les différences idéologiques

Les différents gouvernements d’Union Nationale en Israël ou le fait qu’en France, le CRIF soutienne inconditionnellement toute politique israélienne montrent qu’il n’y a aucune différence entre sionistes de droite et sionistes « de gauche ». Les premiers ont toujours été « sincères ». Ils sont depuis 70 ans pour le nettoyage ethnique et l’expulsion des Palestiniens. Les seconds ont fait la même chose mais sans oser l’avouer. La « gauche » sioniste était au pouvoir au moment de tous les crimes commis contre la Palestine : la Naqba, la colonisation, la construction du mur de l’Apartheid. Jamais les sionistes n’ont accepté les Palestiniens comme des égaux. Le processus d’Oslo a échoué parce que tous les courants sionistes exigeaient une capitulation des Palestiniens, une renonciation à tous leurs droits, l’acceptation de bantoustans éclatés qu’on aurait baptisé Etat palestinien.

Il n’y a pas de sionisme à visage humain. Le crime commis à Gaza et l’indifférence en Israël face à ce crime en sont une preuve supplémentaire. La paix fondée sur l’égalité des droits et la justice passera par une « désionisation » d’Israël, une rupture avec cette fuite en avant criminelle. Le sionisme a rendu plus que malade la société israélienne devenue autiste et complice de crimes.

Alors, nous dira-t-on, vous autres antisionistes, vous êtes pour la destruction de l’Etat d’Israël ? Ne mélangeons pas les choses. Les Israéliens juifs (5 millions et demi de personnes) forment aujourd’hui un peuple et ils resteront. Mais aucune paix n’est envisageable sans une égalité totale, politique et économique entre les peuples de la région. Quelle que soit la solution envisagée (un ou deux états), cela devra être les sociétés de tous leurs citoyens. Donc oui l’existence d’un « Etat Juif » (Etat Français, ça sonne mal et ça rappelle de mauvais souvenirs, n’est-ce pas ?) où les Non Juifs sont des sous citoyens est un cauchemar. Un Etat ne peut pas être à la fois juif et démocratique, c’est une contradiction. La paix passe par le respect de la citoyenneté de tous et par celui des droits humains fondamentaux.

Le sionisme est une idéologie criminelle. Et c’est une catastrophe pour le judaïsme quel que soit le sens qu’on donne à ce terme. En mélangeant sciemment juif et sioniste et en assimilant toute critique d’Israël à l’antisémitisme, les sionistes transforment « l’antiisraélisme » (selon la formule d’Edgar Morin) en antijudaïsme. Ils se comportent en véritables pyromanes. Il est temps que la parenthèse sioniste se referme.

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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 00:07

Croissance ou arrêt de croissance, la question que l’on doit se poser aujourd’hui est de savoir de quelle s’agit-il, comment et pour qui. La crise financière internationale que nous traversons porte condamnation du système actuel et constitue un événement majeur de prise de conscience pour une nouvelle donne économique. Elle témoigne, en tout cas, l’incapacité et les dangers longtemps dénoncés du « capitalisme à tout va » qui n’est autre qu’un moyen de maintenir et assurer la puissance et les privilèges des plus aisées de ce monde au mépris des plus démunis.

 

En concentrant l’économie nationale et du monde dans les mains de quelques individus, le capitalisme organise l’inflation et la hausse de prix concomitante pour favoriser les profits au travers l’exploitation des travailleurs.

 

Comme on le constate actuellement, la surexploitation des travailleurs a atteint les limites du supportable. Les suicides au travail en témoignent suffisamment.

 

Alors que les progrès technologiques appellent une production de masse, on réalise que les débouchés nouveaux se heurtent plus que jamais à la pauvreté croissante.

Alors que les besoins croissent, les moyens de les satisfaire sont plus qu’insuffisant que la courbe de la concavité tourne vers les « Y négatifs ».

 

Tout ceci parce que l’aristocratie a accumulé et suraccumulé toutes les richesses du pays et du monde.

Tout ceci parce que les capitaux ne trouvent plus des débouchés suffisamment rentables, c’est-à-dire un profit élevé dans le plus court délai possible.

Tout ceci parce que les capitaux, en dehors des productions utiles, cherchent des rémunérations dans les spéculations de toutes sortes jusqu’à nous produire des « effets Madof ».  

 

Les conséquences sont que la masse des français travaille dur et vit mal, travaille plus et demeure pauvre, travaille plus pour crever vite.

Les conséquences sont que l’on ferme des usines (Gadrange),

Les conséquences sont que l’on jette au chômage des travailleurs,

Les conséquences sont que les jeunes diplômés vivent dans le désespoir, etc. alors qu’une fraction de population gèle ou dilapide d’énormes capitaux - qui serviraient au progrès général – dans les spéculations boursières.

 

Et aujourd’hui on veut privatiser les services publics : les universités, les hôpitaux, la poste… Mais il faut être timbré !

 

C’est dans ce prestigieux gâchis que s’exprime aujourd’hui la crise qui frappe le monde. Ce n’est pas une crise économico-financière, mais une crise systémique, idéologique et morale qui frappe la vie sociale, économique et financière. Bref, c’est le capitalisme qui se dénude. Militons donc pour rendre l’argent utile et bâtir un autre modèle de société, une société socialiste, progressiste et solidaire parce que nos vies valent bien que les bourses.

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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 18:31

Les violences semblent ne plus heurter la conscience des Etats qui se disent « civilisés ». Le droit des conflits armés qui consiste à limiter les effets de la guerre pour créer les conditions d’un règlement pacifique du conflit est bafoué. Le non respect des textes internationaux conduit à l’absence de solution pour le soulagement qu’on peut apporter aux victimes des conflits armés. Les récents bombardements des populations civiles innocentes auxquels s’est livré Israël à Gaza et les différentes explications qui nous ont été fournies par les « prétendus grands penseurs » montrent combien le droit international est dénaturé. Non seulement les normes impératives du droit de la guerre sont diluées dans des considérations « fanatiques » liées au sionisme religieux avilissant, mais aussi ce qui étonnant est que la protection des victimes est de plus en plus reléguée au rang d’enjeu négociable.

 

Notre appréhension est que les règles élémentaires humanitaires de protection internationale des civils affectés par les conflits armés, telles que consacrées dans les Conventions de La Haye et de Genève, ne doivent pas être piétinées. Comme pour les présumés responsables du Génocide des Tutsi et massacres des Hutu de l’opposition au Rwanda et en Bosnie, quels que soient les intérêts de grandes puissances (les USA et la France) et les jeux d’alliance qui se profilent, les crimes de Gaza ne doivent pas rester impunis.

L’impunité des dirigeants Israéliens ne fait qu’autoriser tout débordement dans la conduite et les moyens de guerre et, de ce fait, une extermination de tout un peuple. Et derrière la passivité complice de la communauté internationale, il ne peut que se développer un extrémisme ambiant d’un sentiment d’injustice.

 

 

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