Quinze ans après le Génocide des Tutsi et massacres des Hutus démocrates, il est temps que nous (rwandais)
sortons de la surdité symétrique aux souffrances des uns et des autres, que nous sortions dans la guerre des mots pour justifier son camp et disqualifier l’autre. Le travail que mène
l'association "Survie" sur le plan politique est formidable et mérite d'être salué.
Cependant, il est déplorable - et inquiétant d'ailleurs - que certaines opinions considèrent toujours globalement les Hutus comme génocidaires. Le terme "Hutus modérés" est
contestable et contesté tant dans son utilisation que dans son interprétation. D'abord, parce que tous les Hutus ne sont pas génocidaires. Ensuite, parce des milliers d'entre eux ont été menacés,
massacrés pendant le Génocide soit pour les opinions politiques, soit pour leur engagement en faveur des droits de l'homme, soit pour leur humanité (protéger, cacher ou héberger les Tutsi), soit
pour avoir refusé de participer à des tueries ou de commettre un acte criminel. Et, finalement, parce que, comme je ne cesse de le dire, au Rwanda et chez les rwandais, il n'y a pas un
camp des "méchants" et des "bons".
Le génocide des Tutsi et massacres des Hutus démocrates (opposants politiques, défenseurs des droits de l'homme, journalistes... et populations civiles innocentes) de 1994 trouvent leur racines
dans l'histoire politico-ethnique du pays, la fracture sociale, l'angoisse et la terreur, ainsi que la mauvaise gestion politique de la question ethnique. A cela s'ajoute l'absence de l'espace
démocratique et de la culture des droits de l'homme.
En effet, il est regrettable que 15 ans après le déchirement du tissu social causé par le Génocide des Tutsi et massacres des Hutu démocrates, la démocratisation véritable et enracinée ne puisse
pas être une nécessité absolue. Pourtant, les impératifs d'efficacité dans la politique de réconciliation nationale montrent que les valeurs universelles de la démocratie et du respect des droits
de l'homme sont plus que nécessaires dans ce pays de mille collines. Elles constituent le fondement même de tout rapprochement, de pardon, de justice et de réconciliation de peuple rwandais.
En ces moments où nous commémorons le 15ème anniversaire de Génocide des Tutsi et massacres des Hutus démocrates, j'appelle à la conscience de la Communauté internationale de faire preuve de
courage pour mettre fin à des situations des violations flagrantes des droits civils et politiques que connaît le Rwanda, notamment le droit d'avoir une justice équitable.. Les mises en garde et
les avertissements de la société civile internationale (Human Rights Watch, Amnesty International, International Crisis Group, Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme... et les observateurs ou
experts étrangers indépendants) sont très alertants.
Je tiens également à dénoncer la tendance actuelle des anciens partisans du MRND-CDR qui, plutôt que de regretter l’acte ignoble commis en 1994, se sont plongés dans la vague
négationniste qu’ils propagent au mépris des souffrances des rescapés du Génocide. Je suis également indigné par l'attitude de Kigali qui, tout en collaborant avec les anciens
dignitaires du régime Habyarimana suspectés d’avoir trempé les mains dans le sang, sème la terreur, l'angoisse et accentue la fracture sociale par une mainmise sur les « Tutsi » instituée grâce
au spectre du retour des "Interahamwe", cette milice qui, en 1994, a commis un Génocide sous l’organisation et l’autorité du régime MRND-CDR. Cette propagande les
Rwandaises et les rwandais l'ont connu dans les 1990 lorsque le pouvoir Habyarimana disait aux populations Hutu: "si les Tutsi reviennent au pouvoir, vous serez de nouveau asservis". Elle est
entretenue pour créer l'angoisse sur lequel s'appuient les appareils de la violence et se développent deux attitudes de repli sur soi, notamment celle de se tenir sur son propre camp, le « NOUS »
et celle de retourner contre les communautés voisines, l' « EUX ».
Quinze ans après le Génocide des Tutsi et massacres des hutu démocrates, il est temps de surmonter les clivages ethniques éternels qui ont caractérisé la politique rwandaise et entretenus par les
hommes au pouvoir. Comme nous ne cessons de l'affirmer, tout le monde n'est pas coupable. La violence habite tout un chacun et chaque groupe. Le Rwanda d'aujourd'hui et de demain
doit exister et se développer comme toutes les démocraties. Les Rwandais-e-s doivent léguer à leurs progénitures un pays où les libertés et les droits de chacun sont une réalité. Cependant, il
est impossible de ne pas se poser la question de savoir comment y parvenir. C'est pourquoi, loin de toute culpabilisation, les Rwandais se doivent de militer avec abnégation pour la défense et
l'éducation aux droits de l'homme puisque la reconstruction de la vie sociale fondée sur la paix, la justice et la solidarité de toutes les couches de la population rwandaise n'atteindra pas son
but que lorsque la culture des droits de l'homme, de la tolérance et de la paix imprégnera la sagesse de tous les rwandais. Aussi, parce que rien de réellement humain ne peut se construire en
dehors de la libre appréciation et du débat. La démocratie se nomme débat, controverse, droit de résistance, droit d'avoir tort, droit d'avoir raison...certes, elle est faible, mais le remède
c'est davantage de démocratie. C'est pourquoi il faut multiplier des efforts pour que le Rwanda soit un Etat de droit, que le droit à la vie soit respecté, que la sécurité de tous soit
garantie et que la justice soit plus équitable. La société rwandaise ne pourra se bâtir que si chacun de ses membres se considère pleinement citoyen, et de ce fait, entièrement responsable.
Qu'à cela ne tienne, la justice doit être faite pour penser les plaies du Génocide et lutter contre l'impunité. Cela étant, nous nous devons tous rwandaises et rwandais de militer pour que les
auteurs et commanditaires du Génocide des Tutsi et massacres des Hutu démocrates soient traduits devant la justice (Internationale). Nous demandons aux grandes puissances d'assumer leur
responsabilité du rôle joué dans l'hécatombe rwandaise.
Comme «La politique du pire ne réussit qu'à créer les conditions de ce qu'elle fait semblant de combattre» (Jacques Attali), en ces moments où nous commémorons 15 ans de Génocide des
Tutsi et massacres des Hutus démocrates, nous nous devons également de penser nos sœurs et frères congolais-e-s (RDC) victimes de la guerre qui, de la "chasse aux génocidaires" au "pillage
affairiste des ressources naturelles", leur a été infligée et dont les violences conséquentes ont élargi les clivages ethno-identitaires au-delà des frontières rwandaises et créé des
déséquilibres démographiques et des inégalités dans l'accès aux ressources vitales.
Nous demandons la Communauté internationale de sortir de sa passivité complice qui le caractérise depuis le Génocide des Tutsi et massacres des Hutu démocrates en 1994, de mobiliser ses énergies
pour empêcher le pire dans l'Est de la RDC où, comme au Rwanda en 1994, la population inoffensive (les enfants et les femmes, les personnes âgées,...) est abandonnée sur elle-même.
Pour finir, notre pensée est particulièrement adressée aux veuves, aux orphelins et à
toutes les personnes affligées qui, jusqu'aujourd'hui, vivent avec les séquelles du Génocide des Tutsi et massacres des Hutus démocrates et les guerres conséquentes. Tous ensemble "plus jamais
ça".
BREVE PRESENTATION DU RWANDA
Repubulika yu Rwanda (rw)
Republic of Rwanda (en)
République du Rwanda (fr)
Ancienne colonie allemande passée sous protectorat Belge, le Rwanda (écrit Ruanda en français avant 1970), surnommé le pays des mille collines, est un pays d'Afrique centrale. Il partage des
frontières avec, au nord, l'Ouganda, à l'est, la Tanzanie, au sud, le Burundi, et à l'ouest, la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre).
Superficie :
- Totale = 26 338 km² / Classé 143e
- Eau = 5,3 (%)
Population :
- Totale = 10 186 063 hab (2008) / Classé 80e
- Densité = 320 hab. / km²
Indépendance: 1er juillet 1962.
Capitale: Kigali.
Située au centre du pays. Les Rwandais – habitants du Rwanda – parlent le Kinyarwanda, Swahili, Français et Anglais. Ils vivent dans les collines qui constituent la localisation de référence
des habitats. Le pays est l'un des plus densément peuplés au monde.
Le Rwanda est membre de l'Organisation des Nations unies (ONU), de l'Union africaine (UA) et, depuis juin 2007, de la Communauté d'Afrique de l'Est.
1. Le génocide des Tutsi et masscres des Hutu:
Le soir du 6 avril 1994, les présidents rwandais et burundais et le chef d'État major rwandais meurent dans un attentat visant l'avion présidentiel rwandais. Le lendemain, le premier ministre,
Madame Agathe Uwilingiyimana et d'autres personnalités politiques modérées, dix militaires belges de la Mission des nations unies (Minuar) ainsi que deux sous-officiers français, coopérants
militaires, et l'épouse de l'un d'entre eux sont assassinés. La mort du président Habyarimana sera le fait initial du génocide rwandais.
Le gouvernement intérimaire rwandais (Gouvernement Kambanda) aussitôt constitué fait exécuter des hutus dits "modérés", qui prônaient la concertation avec le FPR et qui pouvaient constituer un
frein à l'exécution du génocide, puis s'ensuivit le génocide des tutsi et massacres des Hutus.
Des rwandais seront aussi victimes de la guerre civile entre les FAR gouvernementales et l'APR, bras armé des exilés tutsi du FPR. Enfin des Hutu, exécutés sans jugement comme génocidaires, et
parfois leurs familles seront victimes de représailles de soldats du FPR.
Le gouvernement intérimaire est dirigé par l'ex-premier ministre Jean Kambanda, qui plaida coupable devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda et fut condamné en 1998 à la prison à vie
pour génocide et crime contre l'Humanité.
Le cerveau présumé du génocide, selon le procureur du TPIR, serait le Colonel Théoneste Bagosora, en cours de jugement en 2007. Au moins 800 000 Tutsi et Hutu ont été massacrés selon l'ONU.
Plus d'un million selon les autorités rwandaises et plus encore selon certains auteurs qui font remarquer que la déclaration d'état civil à la naissance n'était pas obligatoire au Rwanda.
Ce génocide est l'un des quatre génocides du XXe siècle reconnus par les institutions internationales, mais le plus horrible par sa violence de son exécution.
2. Une période de transition politique - 1994 à 2003
Le 4 juillet 1994, le FPR prend la capitale, Kigali.
Le 19 juillet un gouvernement est constitué sur la base des accords d'Arusha. Une période de transition politique est décrétée.
Pasteur Bizimungu devient président de la République. Mais l'homme fort du Rwanda est le Général-major Paul Kagame, Vice-président et ministre de la défense, co-fondateur du FPR.
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda est constitué par l'ONU fin 1994.
En 1996, pour venir à bout des génocidaires repliés au Zaïre, le Rwanda, allié à l'Ouganda et aux rebelles de l'Est du Zaïre, envahit le Zaïre et aide le front rebelle (AFDL) dirigé par Laurent
Désiré Kabila qui renverse en 1997 le président du Zaïre Mobutu Sese Seko.
Pasteur Bizimungu démissionne en 2000. Paul Kagame devient Président de la République.
Le Rwanda doit faire face à un besoin de justice qui engorge les tribunaux et amène à la réhabilitation de la justice traditionnelle Gacaca.
Le Président de l'Assemblée, Monsieur Joseph Sebarenzi Kabuye, est démis de ses fonctions et menacé. Il s'exile aux USA.
En 2002, l'ancien président de la République, Pasteur Bizimungu, est arrêté et mis en prison pour avoir tenté de créer un parti politique d'opposition, le fameux PDR-Ubuyanja. Il sera gracié par
Paul Kagame le 6 avril 2007.
Le parti MDR est dissous par les députés en 2003. S'en suivra également la dissolution du LIPRODHOR.
3. Les consultations électorales de 2003
a) La constitution adoptée par référendum - 26 mai 2003.
- Le Rwanda est une République
- Bicaméralisme: deux chambres parlementaires (l'Assemblée nationale et le Sénat).
- Le mandat présidentiel est fixé à 7 ans renouvelable une fois.
- Le mandat des parlementaires est de 5 ans.
- Constitutionnalisation du "Forum des partis politiques".
- Le président est élu au suffrage universel.
b) L'élection présidentielle au suffrage universel - 25 août 2003: Paul Kagame est élu (sans surprise) Président de la République avec plus de 95%!
c) Les élections législatives au suffrage universel - 2 octobre 2003 :
- Les députés favorables à Paul Kagame obtiennent la majorité des sièges.
- 49% des députés sont des femmes, ainsi qu'une très forte proportion de sénateurs et de ministres, ce qui fait du Rwanda le pays dont la participation des femmes au pouvoir politique est la plus
forte au monde.
4. Le Rwanda depuis les élections de 2003
a) Une politique extérieure audacieuse, dynamique et active: Le Rwanda bénéficie incontestablement d'un courant favorable au sein de la diplomatie internationale
qui est sans doute dû à la pugnacité diplomatique convaincante de ses dirigeants.
- Des casques bleus rwandais au Darfour,
- Un Vice-président de l'Union africaine (Patrick Mazimhaka).
- Le directeur de la BAD (Donald Kaberuka).
- Le représntant du SG de l'ONU en Guinée (Joseph Mutaboba).
- La question des FDLR est prise au sérieux par la Communauté internationale.
- Le Rwanda fait partie des pays qui bénéficient d'une importante remise de dette en juillet 2005 par le G8.
b) Les Gacaca entrent dans leur phase opérationnelle en janvier 2005. Au fil du temps, ces juridictions populaires suscitent beaucoup des craintes, des limites que d'espoir
surtout à cause de leur instrumentalisation politique.
- Six mille d'entre eux s'enfuient au Burundi d'où ils sont renvoyés au Rwanda, en ayant vainement tenté d'apitoyer la communauté internationale et les ONG sur leur sort.
- Les cachots et les prisons se remplissent davantage
c) Dossier facheux:
- Fin novembre 2006, le juge français anti-terroriste lance des mandats d'arrêt internationaux contre 9 proches du président Kagamé qu'il soupçonne d'être impliqué dans la destruction de l'avion
présidentiel en 1994. Ce juge étant chargé du dossier concernant la mort de l'équipage français qui pilotait l'appareil. En riposte, le gouvernement rwandais rompt ses relations diplomatiques
avec la France, expulse Dominique Decherf l'ambassadeur de France à Kigali, ainsi que l'ensemble du personnel diplomatique et 25 000 personnes manifestent contre le gouvernement français dans la
capitale africaine.
- Le juge espagnol suit la voie du juge français.
- Sous les conseils de Bernard Kouchner, MAE français, la Directrice du protocole, Mme Rose Kabuye, sert de fusible pour accéder au dossier instruit par le juge Bruguière. Elle est arrêté en
Allemagne fin 2008 et transféré à Paris.
- Rupture des relations diplomatiques entre le Rwanda et l'Allemagne.
- Les cérémonies de clôture de la commémoration du 15ème anniversaire du Génocide ont eu lieu à Rebero en mémoire des personnalités politiques (à l'exemple de Agathe Uwilingiyamana,
Ngulinzira Boniface, ...) massacrées pendant le Génocide.
Abou-Bakr A. Mashimango / le 03 Avril 2009
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