Vendredi 29 février 5 29 /02 /Fév 15:41
L'intégration  régionale est un moyen nécessaire pour aboutir à la paix et sécurité internationales. C'est un stade intermédiaire entre entre "Etat-nation" et "Etat-mondial". La communauté régionale se fait dans l'esprit de coordination pour éviter des disparités dans les structures politiques et socio-économiques existant entre les Etats. Comme le démontre l'exemple européen, il ne s'agit pas de rendre tous les Etats égaux, mais de rendre la participation effective de tous les Etats dans la recherche de la concorde régionale et de la paix.

Cependant,  en ce qui concerne l'Afrique, l'intégration  régionale a connu plusieurs  revers à cause des conflits armés qui, non seulement mettent en prils les efforts pour la paix consentis aussi bien dans le cadre de la coopération régionale, notamment  avec la création de la CEPGL (Communauté  Econonmique  des Etats des Grands Lacs), CEEAC (Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale), EAC (East African Community), SADC (Southern African developpment Community), la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest); mais aussi détruisent les liens sociaux qui existent entre les peuples de la région.

A l'instar d'autres organisations régionales africaines, la CEPGL a été calquée sur le modèle européen européen, lequel modèle a influencé toutes les tentatives de fédération régionale en Afrique. Fondée le 20/09/1976, rassemble au sein d'institutions communes la RDC, le Rwanda et le Burundi. Comme stipulé dans les Accords de création signé à Gisenyi (Rwanda), son but principal est l'intégration économique, la coopération transfrontalière, ainsi que la facilitation de mouvement des personnes et des biens. Parmi les secteurs favorables à cette intégration économique régionale figurent les infrastructures, le transport et communication, le secteur bancaire, l'énergie et l'agriculture. Ils constituent le moteur de relance de la CEPGL. D'où la création de la BDGL (Banque de développement des Etats de Grands lacs), de l'IRAZ (Institut de Recherche Agronomique et Zootechnique), de la SINELAC (Société Internationale d'Electricité des Pays des Grands Lacs) et de l'EGL (Energie pour les pays des Grands Lacs) comme institutions clefs de la CEPGL.

Chacune de ces institutions était organisée selon les méthodes qui lui étaient propres en distinguant bien les fonctions politiques aux fonctions techniques, confiées aux techniciens et/ou experts qui, aux compétences bien reconnues, étaient à la tête de  l'organisation fonctionnelle. Il faudra toutefois souligner que, bien que distinctes, les fonctions étaient interdépendantes et s'enrichissaient en expériences. Le point d'aboutissement de la pensée était l'élimination de possibilité de la guerre entre les nations.

Cependant, tel n'a pas été le cas. Cet aspect d'élimination de toute possibilité de guerre entre les nations s'est effondré avec le litige frontalier entre le Zaïre (actuellement RDC) et le Burundi, lequel litige portait sur la zone de Gatumba. A cela s'est ajoutéek la guerre rwando-rwandais (1990 à 1994) et la guerre civile au Burundi (1993 - à aujourd'hui) qui se sont étendues en RDC, provoquant la décomposition de l'Afrique centrale dans l'ensemble.  Cette situation de chaos a fait la joie des grandes puissances occidentales qui en ont fait un instrument de leur politique dans la région. C'est ainsi que, pour faire face au soutien que les anglo-saxons (les EUA et la Grande Bretagne) apportaient au mouvement rebelle rwandais FPR (soutenu par l'Ouganda), la France, - estimant ses intérêts dans la région menacés-, s'est livrée corps et âme aux côtés du régime dictatorial de Habyarimana. Aussi, faut-il admettre que les Etats de la région eux-mêmes ne sont pas restés neutres: alors que l'Ouganda et le Burundi se sont portés au secours de la rebellion du FPR, le Zaïre était derrière son prétendu «petit frère» Habyarimana.

Après le génocide et massacres des Hutu de l'opposition, la guerre s'est exportée au Zaïre impliquant tant les pays des Grands Lacs que ceux de la SADC, notamment l'Angola, le Zimbabwe, la Namibie.  D'autres pays de l'Afrique centrale, à l'exemple du Tchad, ne sont pas restés inactifs. De la chasse aux génocidaires, le Rwanda et l'Ouganda sont passés à une guerre de prédation. Ces ingérences ont eu des conséquences désastreuses pour la stabilité des Etats de la région. Elles ont créés des principautés  (des pouvoirs type médieval) fondées uniquement sur la force des armes et le jeu d'influence des puissances protectrices, favorisé une situation d'instabilité dans la région car tout changement d'intérêts ou de rapports de forces au sein de la coalition des Etats protecteurs déclenchait systématiquement des rébellions. Tel a été le cas en RDC où les anciens alliés de Laurent-Désiré Kabila s'affrontent.  Dans le même temps, par-delà l'émergence de tutelles africaines distinctes des tutelles coloniales, le droit d'ingérence a contribué à la violation du droit international. Contrairement aux exigences de la Charte de l'OUA, non seulement les réfugiés n'ont pas été éloignés de la frontière, mais aussi une partie d'entre eux a été réarmé. Il s'est ensuit que de reniement en reniement, l'ONU, le CICR et autres OING, les Etats ont abandonné les populations innocentes à leur funeste destin dans les forêts de l'est de la RDC où ils ont été massacrés en violation de la Convention de genève de 1951.

Faisant sentir ses effets bien au-delà des Grands lacs, le tourbillon rwandais s'est révélé être vecteur puissant de la recomposition géopolitique de la région. Il a brisé deux pôles de structuration de l'influence anglo-saxonne et francophone: le Kenya et la RDC.  Au premeir pôle correspond l'EAC qui regroupe le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie. Autour du second s'organisent deux cercles:  celui de la CEEAC associant la RDC, le Gabon, le Cameroun, le Tchad, la RCA, le Congo (Brazzaville) et la  CEPGL comprenant la RDC, le Rwanda et le Burundi; et celui de la SADC regroupant l'Angola, le Botswana, la RDC, le Lesotho, le Malawi, l'Île Maurice, le Mozambique, la Namibie, les Seychelles, la RSA, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe. En effet, en lieu et place du Kenya et de la RDC, une coalition hétéroclite s'est constituée, en octobre-novembre 1997, allant de l'Ouganda à l'Angola en passant par le Zimbabwe, le Rwanda et le Burundi, avec le consentement indirect de l'Erythrée,  l'Ethiopie, la Tanzanie et le Kenya  contre le pouvoir de Mobutu d'une part, et l'expédition angolaise contre le Président Lissouba d'autre part. Cette configuration qui va de l'océan Indien (Mombasa, Dar-es-salam) à l'océan Atlantique (Luanda, Matadi, Libreville, Douala) redessine l'Afrique médiane, jadis appelé "Mettel Africa" par la géopolitique allemande du 19ème siècle, qui se situe à la jonction de l'Afrique pétrolière (de Luanda à lagos) et de l'Afrique agropastorale (de Dar-es-Salam à Massoua). Aujourd'hui, malgré une accalmie relative les pays du champ (l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Zimbabwe, l'Angola, la RDC et le Congo) autant que les pays hors champ (le Gabon, le Cameroun, le Tchad et le Soudan) ne sont pas encore sortis de la crise de l'Etat et de la société qui les ronge. Qui plus est, la crise économique, les potentialités naturelles inexploitées et la jeunesse abandonnée sur le bord du chemin par les tyrannies ont laissés en friche un espace vital pourtant vecteur d'intégration régionale.

La situation actuelle en Afrique est que une crise de légitimité affecte les gouvernements des pays du champ, qui sont soit des dictatures de droit (Angola, Ouganda, RDC, Rwanda, Burundi, Ertythrée), soit des dictatures de fait  (Congo, Zimbabwe, Ethiopie). A cela s'ajoute le règne d'une culture de la violence étatique comme moyen de gouvernement dans les pays dirigés par les anciens rebelles (Zimbabwe, Ouganda, Rwanda, Burundi, Ethiopie, Erythrée, RDC, Tchad, Congo). En troisième lieu, les milices victorieuses, incompétentes et à la solde d'un clan, voire d'un homme, paradent en lieu et place d'une armée républicaine; c'est-à-dire d'une force publique garante de la sécurité des personnes et des biens, des institutions et de l'intégrité territoriale. Et finalement, nombre de pays du champ et hors champ font face à des rébellions armées (Tchad, Ouganda, RDC, Burundi...). 

Aujourd'hui, il est prématuré de prédire qui dominera la région, eu égard aux vulnérabilités multiples dont souffrent les compétiteurs. L'Angola paraît être le seul pays de l'Afrique médiane qui, à terme, pourrait disposer des moyens de la puissance régionale. Pays pétrolier en passe de concurrencer les monarchies du Golfe persique à la suite de nouvelles découvertes de gisements "off shore", il est un Etat sémi-maritime, d'une superficie de 1.246.700 Km², disposant d'une population estimée à 11.000.000 d'habitants. Toutefois, le régime de Luanda souffre de trois handicaps: 
- la persistance de la culture de la violence étatique, 
- la discontinuité géographique de la côte angolaise qui rend périlleuse la sécurisation de l'enclave de Cabinda où sont exploités les gisements les plus importants, et 
- le prix à payer pour la reconstruction d'un pays ravagé par 24 ans de guerre.
Les revendications indépendatistes de l'enclave de Cabinda est un enjeu territorial important que Luanda est obligé à verrouiller son hinteland immédiat, en parrainant les régimes de Kinshasa et de Brazzaville. C'est ce qui explique son intervention en RDC et au Congo (Brazzaville).

Ni pétrolier ni minier et dépourvu de profondeur, l'Oganda reste un pays enclavé qui dépend de Kenya pour ses débouchés. Cependant, il doit son rayonnement au dynamisme de son Président Yoweri Kaguta Museveni et, surtout, à son statut d'Etat-pivot dans le dispositif américain visant à contenir l'islamisme soudanais. Tout bien considéré, en dépit du soutien financier que lui apportent les institutions de Bretton Woods (le FMI et la Banque Mondiale), il n'a pas les moyens d'une puissance régionale, même si la sécurité de la frontière avec la RDC est une obsession paratagée avec le Rwanda et le Burundi. Encore, faut-il soLa défaite subie à Kisangani lors de ses affrontements militaires avec le Rwanda a affaibli son influence régionale.

Enclavé, surpeuplé et dépourvu d'espace et des ressources minières et pétrolières, le Rwanda reste dans le rang des pays pauvres. Par conséquent, il ne peut pas devenir une puissance régionale. D'ailleurs, il risque d'être ravagé par la famine si les autorités demeure dans une logique de guerre. Cette n'épargne pas le Burndi voisin qui, jusquaujourd'hui fait face à une rébellion armée.


Champ des ruines et des pillages, la RDC est victime aussi bien de son espace que de ses potentialités minières. Ce pays a été reduit à l'impuissance pour longtemps par la faillite de l'Etat et la débâcle économique et sociale. Si les 32 ans de «Mobutisme» en sont la cause principale, la guerre d'invasion lui infligée par ses voisins du Rwanda, Burundi et Ouganda a, pour le moins que l'on puisse dire, étouffé toute espérance d'un avenir prospère. Le «kabilisme» qui s'est en effet révélé, à l'usage, un messianisme révolutionnaire s'est effondré dans le despotisme, l'irresponsabilité et la corruption. Reste à attendre les résultats de Kabila fils.

Au demeurant, la situation géopolitique de la région des Grands Lacs est plus qu'intéressante qu'elle interpelle une analyse géopolitique approfondie.


Par MASHIMANGO - Publié dans : Politique et sociétés
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  • Docteur en DROIT, spécialité: SECURITE INTERNATIONALE ET DEFENSE Domaines de recherche: - LA POLEMOLOGIE - L'IRENOLOGIE (PEACE RESEARCH) - LA GEOPOLITIQUE - RELATIONS INTERNATIONALES

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